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Bundesverwaltungsgericht 05.09.2011 E-5019/2008

5. September 2011·Français·CH·CH_BVGE·PDF·1,861 Wörter·~9 min·1

Zusammenfassung

Asile et renvoi (recours réexamen) | Renvoi (recours contre une décision en matière de réexamen); décision de l'ODM du 2 juillet 2008

Volltext

Bundesve rwa l t ungsge r i ch t T r i buna l   adm in istratif   f édé ra l T r i buna l e   ammin istrati vo   f ede ra l e T r i buna l   adm in istrativ   f ede ra l Cour V E­5019/2008 Arrêt   d u   5   sept emb r e   2011 Composition Jenny de Coulon Scuntaro (présidente du collège),  Walter Lang et Maurice Brodard, juges, Olivier Bleicker, greffier. Parties A._______,  B._______,  leurs deux fils C._______, et D._______,  Bosnie et Herzégovine,    recourants,  contre Office fédéral des migrations (ODM),  Quellenweg 6, 3003 Berne,   autorité inférieure. Objet Exécution du renvoi (recours contre une décision en matière de réexamen) ;  décision de l'ODM du 2 juillet 2008 / N (…).

E­5019/2008 Page 2 Faits : A.  Ressortissants  de  Bosnie  et  Herzégovine,  A._______,  B._______  et  C._______  ont  déposé  une  demande  d'asile  en  Suisse,  le  20  octobre  2005.  A._______et  B._______  ont  mis  au monde  une  fille  prénommée  D._______. Après  la  destruction  par  un  tiers  de  leurs  serres  agricoles  et  la  suppression de la rente d'invalidité de A._______,  ils auraient décidé de  quitter  la  ville  de  (…)  et  de  venir  clandestinement  en  Suisse  pour  y  déposer une demande d'asile.  B.  Le  26  juillet  2006,  l'ODM  a  rejeté  leur  demande  d'asile,  prononcé  leur  renvoi de Suisse et a ordonné l'exécution de cette mesure. Par décision  du  19  septembre  2006,  l'ancienne  Commission  suisse  de  recours  en  matière  d'asile  (CRA)  a  rejeté  la  demande  de  restitution  du  délai  de  recours et a déclaré irrecevable le recours déposé le 11 septembre 2006  contre  la décision précitée. La décision de l'ODM est entrée en force de  chose jugée.  C.  Le 4 octobre 2007, les intéressés ont refusé de quitter le territoire suisse. D.  Le 6 février 2007, les requérants ont sollicité le réexamen de leur affaire,  aux motifs que A._______ avait débuté un suivi psychologique en raison  d'un  trouble  dépressif  récurrent  (épisode  moyen),  d'une  probable  modification  durable  de  la  personnalité  après  une  expérience  de  catastrophe  (guerre)  et  d'une  multiplication  de  conduites  à  risque  qui  reposeraient  sur  une  idéation  suicidaire  latente.  Il errait  en  particulier  dans un état de semi­conscience lors de longue promenades et mettait à  ces occasions sa vie en danger. A  l'appui  de  leur  requête,  ils  ont  déposé  un  rapport  médical  établi  le  16 novembre 2006.

E­5019/2008 Page 3 E.  Le 1er mars 2007, l'ODM n'est pas entré en matière sur la demande faute  de paiement  de  l'avance de  frais  requise  le 8  février  2007.  Le 19  juillet  2007,  le Tribunal  administratif  fédéral  a  rejeté  le  recours déposé  contre  cette décision. F.  Le 7 novembre 2007, les requérants ont déposé une deuxième demande  de réexamen, au motif que la dépression de A._______ s'était aggravée  (épisode actuel moyen à  sévère) et  qu'il  présentait  les  symptômes d'un  syndrome  de  stress  post­traumatique.  Il  aurait  formé  en  particulier  clairement le désir "d'en finir au cas où on le renvoyait en Bosnie". G.  G.a  Le  14  novembre  2007,  l'ODM  a  estimé  que  A._______  suivait  toujours le même traitement médical que lors de la précédente procédure  et a dès lors refusé d'entrer en matière sur la demande.  G.b Le 19 mai 2008, le Tribunal administratif fédéral a jugé que c'était à  tort  que  l'ODM avait  estimé que  l'état de santé de A._______ ne s'était  pas détérioré notablement et a par conséquent demandé à l'ODM d'entrer  en matière sur la demande de réexamen. H.  Le 30 mai 2008, l'ODM a repris l'instruction de la demande de réexamen  et  a  requis  la  production  de  certificats  médicaux.  Le  22  juin  2008,  le  médecin traitant de A._______ a attesté que l'état de santé de son patient  s'était  fortement  aggravé  en  raison  d'une  forte  augmentation  des  angoisses et des idées suicidaires scénarisées par pendaison. Le patient  aurait  dès  lors  été  hospitalisé  d'urgence,  du  20  novembre  au  19 décembre 2007. Selon  son  médecin,  A._______  souffre  d'un  trouble  délirant  d'allure  persécutoire  (F 22.0),  d'un  trouble  dépressif  récurant  (épisode  actuel  moyen), d'une probable modification durable de la personnalité après une  expérience  de  catastrophe  (F  62.0)  et  de  difficultés  liées  à  d'autres  situations  juridiques  (Z 65.3).  Il  serait  en outre  inquiet en  raison de son  hépatite C chronique. Un retour en Bosnie fragiliserait son état de santé  et augmenterait les idées suicidaires déjà fortement présentes.

E­5019/2008 Page 4 I.  Le 2 juillet 2008, l'ODM a rejeté la demande de réexamen, aux motifs que  les  traitements  avaient  débuté  seulement  à  la  suite  du  rejet  de  la  demande d'asile, que l'aggravation des symptômes survenait après avoir  appris  auprès de  l'Ambassade de Bosnie et Herzégovine qu'un  laissez­ passer serait délivré en vue de son départ de Suisse et que  le certificat  médical  rappelait  que  cette  aggravation  s'inscrivait  dans  un  contexte  administrativo­social  compliqué  dans  lequel  le  patient  craint  d'être  expulsé  en  Bosnie.  Il  serait  dès  lors  exclu  de  prolonger  indéfiniment  le  séjour d'une personne en Suisse au motif que la perspective d'un retour  exacerbe des troubles psychiques du moment que les  infrastructures de  ce pays, comme c'est le cas en Bosnie, peuvent y faire face. J.  Le 30  juillet 2008,  les  intéressés ont  interjeté  recours contre  la décision  de l'ODM dont ils demandent l'annulation. Ils expliquent être très inquiets  pour la santé de A._______ en cas d'exécution de leur renvoi et mettent  en  avant  qu'ils  seraient  terrifiés  par  la  possibilité  qu'il  puisse  tuer  les  membres  de  sa  famille,  à  l'instar  d'un  "forcené"  dont  il  aurait  appris  l'histoire au travers des journaux. Ils craignent également d'être tués par  des snipers dans  leur pays d'origine.  Ils se  réfèrent pour  le surplus à  la  jurisprudence  de  l'ancienne  Commission  suisse  de  recours  en  matière  d'asile  dont  il  ressort  que  les  infrastructures  dans  le  domaine  psychiatriques sont fréquemment obsolètes et mal équipés en Bosnie. K.  Le 5 août 2008, le Tribunal administratif fédéral a octroyé l'effet suspensif  au recours. L.  Le 23 janvier 2009, l'ODM a conclu au rejet du recours. L'office  fédéral  met  en  avant  que  le  recourant  a  été  suivi  par  une  psychothérapeute  en  Bosnie  pendant  plusieurs  années  à  raison  d'une  séance  hebdomadaire,  psychothérapie  qui  lui  permettait  de  réduire  son  anxiété selon ses propres déclarations. Après le départ à la retraite de ce  thérapeute,  le  recourant  aurait  pu  continuer des séances avec un autre  spécialiste avant de quitter la Bosnie en 2005. 

E­5019/2008 Page 5 M.  Le  9  mars  2009,  le  médecin  qui  a  suivi  A._______  pendant  son  hospitalisation  forcée a produit un  rapport médical où  il affirme que son  patient  souffre  d'un  trouble  dépressif  récurrent,  épisode  actuel  moyen  avec syndrome somatique  (F 33.11) et d'une modification durable de  la  personnalité après une expérience de catastrophe (guerre) (F 62.0). Le patient  serait  fragile,  avec de possibles explosions de  colère,  ce qui  limiterait ses relations interpersonnelles et son rôle auprès de sa famille.  Il présenterait en outre des  idées suicidaires plus ou moins scénarisées  et il ne pourrait s'imaginer se prendre en charge et jouer son rôle de mari  et  de  père  en  cas  de  renvoi  en  Bosnie.  Ses  idées  suicidaires  se  scénariseraient dès  lors autour des périodes marquées par des craintes  de  renvoi  en  Bosnie,  et  s'atténuent  lorsque  le  risque  d'expulsion  paraît  moins imminent. Lors de leur dernier entretien, il aurait présenté un moral  bas, des idées noires diffuses, des troubles du sommeil et de l'appétit, un  manque  de  capacité  à  éprouver  du  plaisir,  des  troubles  de  la  concentration,  une  difficulté  à  se  projeter  dans  l'avenir  avec  un  découragement  et  des  sentiments  de  dévalorisation,  ainsi  qu'un  ralentissement psychomoteur et une fatigabilité importante. Ses craintes d'un retour en Bosnie seraient en outre si  intenses qu'elles  atteindraient  le  sentiment  de  cohésion  identitaire,  et  il  exprimerait  des  menaces  suicidaires  claires.  Son  hospitalisation  aurait  en  outre mis  en  avant la fragilité de structuration de sa personnalité qui aurait de plus été  durablement marqué  par  les  traumatismes  subis  pendant  la  guerre.  Le  pronostic serait dès lors extrêmement réservé puisqu'un raptus suicidaire  est à craindre. Enfin, sa psychopathologie psychiatrique nuirait fortement  à ses possibilités d'adaptation en cas de renvoi. N.  Le  25  mars  2011,  les  recourants  ont  produit  de  nouveaux  certificats  médicaux,  ainsi  que  diverses  attestations  relatives  à  l'intégration  des  enfants en Suisse. N.a La cheffe de clinique de (…), où le recourant a débuté un traitement  médical  le  5 mai  2009,  indique dans  son  rapport  que  tant  que  le  statut  administratif  de son patient  restera  incertain,  il  sera exposé à un stress  permanent et une amélioration de sa santé psychique restera incertaine.  A  chaque  réception  de  courrier  concernant  sa  demande  d'asile,  il  présenterait d'ailleurs une péjoration de son état de santé. Il présenterait  dès  lors  un  épisode  dépressif  sévère  sans  symptômes  psychotiques 

E­5019/2008 Page 6 (F 32.2) avec des  idées suicidaires et une probable modification durable  de  la  personnalité  après  une  expérience  de  catastrophe  (F  62.0).  Par  ailleurs,  il  se  coupe  des  kystes  qu'il  a  sur  son  avant­bras  (automutilations),  ce  qui  entraîne  parfois  des  infections.  Selon  son  médecin,  il ne pourrait dès  lors avoir de  traitement psychothérapeutique  efficace si son patient se retrouvait sur les lieux où il s'est senti en danger  et  dans  le  pays  où  il  a  vécu  ces  traumatismes.  D'un  point  de  vue  psychiatrique, un retour en Bosnie serait contre­indiqué. La confirmation  de son renvoi pourrait en outre  le pousser à commettre des actes auto­ agressifs ou un passage à l'acte, ce qui inquiète ses enfants. Il ressort de plus du rapport médical du 16 mars 2011 de son généraliste  que  A._______  souffre  d'une  hépatite  C  chronique,  avec  nouvelle  évaluation prévue au CHUV en 2011 et d'une lipomatose généralisée. N.b  S'agissant  des  enfants,  le  psychologue  scolaire  de  C._______  indique,  dans  un  courrier  du  21  mars  2011,  qu'il  nécessite  un  soutien  individuel depuis  le mois de novembre 2010.  Il présente en effet un état  de  stress  et  de  panique  très  important  à  l'idée  de  renter  en  Bosnie  en  raison  des  menaces  évoquées  par  son  père.  Des  scènes  de  grande  violence  dans  les  centres  d'hébergement  en  Suisse  l'ont  en  outre  profondément marqué.  Il est dès  lors hyper vigilant, a une peur panique  des  véhicules  à moteur,  a  peur  de  se  rendre  à  l'école  à  vélo,  présente  des difficultés  de  concentration à  l'école,  s'investit  difficilement  à  l'école  malgré une très bonne intelligence, souffre d'une énurésie nocturne et fait  des  cauchemars  à  répétition.  Ces  symptômes,  compatibles  avec  un  syndrome  post­traumatique,  mettent  en  danger  son  développement  global. Il ne pourrait dès lors se reconstruire qu'en restant en Suisse, où il  peut  accéder  aux  soins  requis  et  ne  pas  être  confronté  à  de  nouveaux  traumatismes.  Le  logopédiste  scolaire  de  D._______  indique,  pour  sa  part, qu'il est suivi depuis le mois de mai 2010 pour une dysphasie. N.c  Les  recourants  ont  enfin  produit  un  courrier  de  soutien,  signé  par  plusieurs personnes, et une lettre de C._______ où il explique souhaiter  pouvoir rester en Suisse et que son père guérisse. O.  Les autres faits et arguments de la cause seront abordés, si nécessaire,  dans les considérants en droit qui suivent.

E­5019/2008 Page 7 Droit : 1.  Le  Tribunal  administratif  fédéral  examine  d'office  et  librement  la  recevabilité des recours qui lui sont soumis (ATAF 2007/6 consid. 1).  2.  2.1.  Le  réexamen  est  un  moyen  de  droit  extraordinaire  qui  permet  de  demander  la  reconsidération  d'une  décision  entrée  en  force  de  chose  jugée. 2.2. Le Tribunal administratif  fédéral  (ci­après :  le Tribunal), en vertu de  l’art. 31 LTAF, connaît des recours contre les décisions au sens de l’art.  5 PA prises par  les autorités mentionnées à  l’art. 33 de  la  loi du 17  juin  2005  sur  le  Tribunal  administratif  fédéral  (LTAF,  RS  173.32).  En  particulier, les décisions rendues par l’ODM concernant l’asile et le renvoi  peuvent être contestées, par renvoi de l’art. 105 de la loi du 26 juin 1998  sur  l’asile  (LAsi,  RS  142.31),  devant  le  Tribunal,  lequel  statue  alors  définitivement,  sauf  demande  d'extradition  déposée  par  l'Etat  dont  le  requérant cherche à se protéger  (art. 83  let. d ch. 1 de  la  loi du 17  juin  2005 sur le Tribunal fédéral [LTF, RS 173.110]). 2.3. Les recourants ont qualité pour recourir (art. 48 al. 1 de la loi fédérale  du 20 décembre 1968 sur la procédure administrative (PA, RS 172.021)).  Présenté dans les formes (art. 52 al. 1 PA) et le délai (cf. art. 50 al. 1 PA)  prescrits par la loi, le recours est recevable. 3.  3.1.  En  principe,  les  autorités  administratives  ne  sont  tenues  de  réexaminer leurs décisions que si une disposition légale expresse ou une  pratique  administrative  constante  les  y  oblige  (cf.  ATF  113  Ia  146  consid. 3a).  La  jurisprudence a  toutefois déduit  des garanties générales  de procédure ancrées à  l'art. 29 al. 1 et 2 Cst.  l'obligation pour  l'autorité  administrative de se saisir d'une demande de réexamen dans deux cas :  lorsque  les  circonstances  se  sont  modifiées  dans  une  mesure  notable  depuis  que  la  première  décision  a  été  prise  et  lorsque  le  demandeur  s'appuie  sur  des  faits  ou  des  moyens  de  preuve  importants  qu'il  ne  connaissait pas avant cette décision ou dont il n'avait pas alors la faculté  ­  juridique ou  factuelle  ­ ou un motif  suffisant de se prévaloir  (cf. ATAF  2010/27  consid. 2.1 ;  Jurisprudence  et  informations  de  la  Commission  suisse  de  recours  en  matière  d’asile  [JICRA]  2003  n° 17  consid. 2,  ATF 127 I 133 consid. 6, ATF 124 II 1 consid. 3a). La seconde hypothèse  permet  en  particulier  de  prendre  en  compte  un  changement  de 

E­5019/2008 Page 8 circonstances  et  d'adapter  en  conséquence  une  décision  administrative  correcte  à  l'origine  (cf. ATAF 2010/27  consid. 2.1.1 ;  JICRA 1995 n°  21  consid. 1b et réf. cit.). Il ne s'agit dans ce cas non pas tant d'une révision  au  sens  procédural  du  terme  que  d'une  adaptation  aux  circonstances  nouvelles. Le requérant doit donc invoquer des faits qui se sont réalisés  après  le  prononcé  de  la  décision  attaquée,  plus  précisément  après  l'ultime  délai  dans  lequel,  suivant  la  procédure  applicable,  ils  pouvaient  encore être invoqués (cf. ATAF 2010/27 n° 2.1.1 ; JICRA 2000 n° 5). 3.2.  Par  contre,  la  possibilité  pour  l'administration  de  reconsidérer  une  décision aux effets durables ne doit pas être utilisée pour détourner  les  conditions  auxquelles  la  loi  subordonne  la  révision  des  décisions  juridictionnelles, ni en affaiblir  la portée (cf. pour  les détails : ATF 107 V  84,  consid.  1).  L'un  des  éléments  fondamentaux  de  la  prééminence  du  droit  est  en  effet  le  principe  de  la  sécurité  des  rapports  juridiques,  qui  veut,  entre  autres,  que  la  solution  donnée  de  manière  définitive  à  tout  litige par  les tribunaux ne soit plus remise en cause. L'administration n'a  pas  la  faculté de  reconsidérer,  en  l'absence de circonstances nouvelles  intervenues depuis son entrée en force, une décision sur laquelle le juge  ou une autorité de recours s'est prononcé matériellement. Ainsi, le dépôt  d'une  demande  de  réexamen  ne  permet  pas  de  remettre  en  cause  librement la décision dont la reconsidération est demandée. Il faut que le  motif  de  réexamen  soit  dûment  invoqué  par  le  requérant  et  admis  par  l'autorité,  pour  que  la  décision  entrée  en  force  puisse  être  réexaminée  (cf. ATAF 2010/27 consid. 2.1.2 ; JICRA 2003 n° 7 p. 41). 3.3. Dans  le  cas  présent,  dans  son  arrêt  de  renvoi  du  19 mai  2008,  le  Tribunal a considéré que l'autorité inférieure avait estimé à tort que l'état  de  santé  de  A._______  ne  s'était  pas  détérioré  "notablement"  (cf. arrêt  précité,  E­8517/2007,  consid. 3.2).  L'ODM  a  dès  lors  vu  son  pouvoir  d'examen limité par les motifs figurant dans l'arrêt de renvoi. 4.  L’exécution  du  renvoi  est  ordonnée  si  elle  est  licite,  raisonnablement  exigible et possible  (art. 44 al. 2 LAsi). Si ces conditions alternatives ne  sont  pas  réunies,  l'admission  provisoire  doit  être  prononcée.  Cette  mesure est réglée par l'art. 83 LEtr. 4.1.  L'exécution  de  la  décision  de  renvoi  n'est  pas  raisonnablement  exigible  si  cette  mesure  met  concrètement  l'étranger  en  danger,  par  exemple en cas de guerre, de guerre civile, de violence généralisée ou  de  nécessité médicale. Cette  disposition  s'applique  en  premier  lieu  aux 

E­5019/2008 Page 9 « réfugiés de la violence », soit aux étrangers qui ne remplissent pas les  conditions  de  la  qualité  de  réfugié  parce  qu'ils  ne  sont  pas  personnellement persécutés, mais qui fuient des situations de guerre, de  guerre  civile  ou  de  violence  généralisée.  Elle  vaut  aussi  pour  les  personnes  pour  qui  un  retour  reviendrait  à  les mettre  concrètement  en  danger,  notamment  parce  qu'elles  ne  pourraient  plus  recevoir  les  soins  dont  elles  ont  besoin  ou  qu'elles  seraient,  selon  toute  probabilité,  condamnées  à  devoir  vivre  durablement  et  irrémédiablement  dans  un  dénuement  complet,  et  ainsi  exposées  à  la  famine,  à  une  dégradation  grave de leur état de santé, à l'invalidité, voire à la mort. En revanche, les  difficultés  socio­économiques  qui  sont  le  lot  habituel  de  la  population  locale, en particulier des pénuries de soins, de logement, d'emplois, et de  moyens de formation, ne suffisent pas en soi à réaliser une telle mise en  danger. L'autorité à qui  incombe  la décision doit donc dans chaque cas  confronter  l'aspect  humanitaire  lié  à  la  situation  dans  laquelle  se  trouverait  l'étranger concerné dans son pays après  l'exécution du renvoi  aux  intérêts  publics  militant  en  faveur  de  son  éloignement  de  Suisse  (cf. ATAF 2008/34 consid. 11.1  ; ATAF 2007/10 consid. 5  ; JICRA 2005  n 24 p. 215 consid. 10.1  ; JICRA 2003 n° 24 p. 157 consid. 5a  ; JICRA  2002  n°  11  p.  99  ss  consid.  8  ;  JICRA 1999  n°  28  p.  170  consid.  5b  ;  JICRA 1998 n° 22 p. 191 consid. 7a et jurisp. citée). 4.2. En  l'occurrence,  la Bosnie et Herzégovine a connu  l'un des conflits  les  plus  destructeurs  de  l'histoire  récente  de  l'Europe.  Les  parties  naguère en conflit ont cependant abandonné leur contrôle sur  les forces  armées, transformant celles­ci en une petite force professionnelle dans le  cadre d'un partenariat pour  la paix de  l'OTAN. En devenant membre du  Conseil  de  l'Europe  en  2002  et  en  ratifiant  la  CEDH  et  ses  Protocoles  sans  réserves,  la  Bosnie  et  Herzégovine  a  librement  accepté  de  respecter  les  standards  européens  d'un  Etat  démocratique.  Elle  a  en  outre  signé  et  ratifié  un  accord  de  stabilisation  et  d'association  avec  l'Union européenne et elle siège actuellement au Conseil de sécurité des  Nations Unies pour un mandat de deux ans. En l'occurrence, ce pays ne  connaît  dès  lors  pas  une  situation  de  guerre,  de  guerre  civile  ou  de  violence généralisée qui permettrait d'emblée – et  indépendamment des  circonstances  de  l'espèce –  de  présumer,  à  propos  de  tous  les  ressortissants de ce pays,  l'existence d'une mise en danger concrète au  sens de l'art. 83 al. 4 LEtr. Il s'agit au contraire d'un Etat sûr.

E­5019/2008 Page 10 4.3. Les recourants font essentiellement valoir des motifs médicaux pour  s'oposer à  l'exécution de  leur  renvoi.  Ils  invoquent  la  fragilité  psychique  de  A._______  et  de  ses  deux  enfants.  Selon  les  différents  rapports  médicaux,  le  recourant  présente  un  épisode  dépressif  (sévère  lorsqu'il  redoute  une  prochaine  exécution  de  son  renvoi)  sans  symptômes  psychotiques  (F 32.2)  avec  des  idées  et  des  antécédents  suicidaires  et  une  probable  modification  durable  de  la  personnalité  après  une  expérience de catastrophe (F 62.0). Il présente également des tendances  d'automutilation. L'intéressé aurait déjà suivi un traitement psychologique  dans son pays d'origine avant son départ et a immédiatement été pris en  charge lors de son arrivée en Suisse. Il nécessite dès lors un traitement  psychologique,  ainsi  qu'une  possibilité  d'accueil  dans  des  structures  spécialisées  lors des phases aiguës, afin d'obvier à  tout  risque pour  sa  vie ou celle de ses proches. Sur  le plan somatique,  il souffre également  d'une  lipomatose  généralisée  (tuméfactions  situées  sous  la  peau)  et  d'une  hépatite  C  chronique  nécessitant  un  contrôle  régulier.  Quant  aux  enfants,  ils  sont  fortement  influencés par  la  fragilité de  leur père. L'aîné  présente  un  syndrome  de  (stress)  post­traumatique,  exacerbé  par  une  hypervigilance, une peur panique des véhicules à moteur et, notamment,  une énurésie. Le cadet présente des troubles du langage.  4.4.  S'agissant  plus  particulièrement  d'une  personne  en  traitement  médical en Suisse, l'exécution du renvoi ne devient inexigible au sens de  l'art. 83 al. 4 LEtr, que dans la mesure où elle ne pourrait plus recevoir les  soins  essentiels  garantissant  des  conditions minimales  d'existence.  Par  soins  essentiels,  il  faut  entendre  les  soins  de  médecine  générale  et  d'urgence absolument nécessaires à la garantie de la dignité humaine (cf.  GABRIELLE STEFFEN, Le droit aux soins : pourquoi un droit aux soins ? Quel  droit ? Quels soins ? Pour qui ?,  in  : Droit aux soins, Berne 2007, p. 41  ss,  spéc.  p.  51  s.).  Cette  disposition  –  exceptionnelle  –  ne  peut  en  revanche être interprétée comme une norme qui comprendrait un droit de  séjour  lui­même  induit  par  un  droit  général  d'accès  en  Suisse  à  des  mesures  médicales  visant  à  recouvrer  la  santé  ou  à  la  maintenir,  au  simple  motif  que  l'infrastructure  hospitalière  et  le  savoir­faire  médical  dans  le  pays  d'origine  ou  de  destination  de  l'intéressé  n'atteint  pas  le  standard  élevé  suisse  (cf.  JICRA  1993  n°  38  consid.  6  p.  274  s.).  En  revanche,  si,  en  raison  de  l'absence  de  possibilités  de  traitement  effectives  dans  le  pays  d'origine,  l'état  de  santé  de  la  personne  concernée  se  dégradait  très  rapidement,  au  point  de  conduire,  d'une  manière certaine, à la mise en danger concrète de son intégrité physique  ou psychique (cf. ATAF 2009/2 consid. 9.3.2 ; JICRA 2003 n° 24 consid.  5b p. 157 s.), cette disposition peut trouver application.

E­5019/2008 Page 11 4.5. La Bosnie  et Herzégovine est  confrontée à d'importants  problèmes  de santé publique, dans le domaine de la santé psychique en particulier.  Conséquence du conflit qui a secoué la région, cette situation s'explique  également  par  un  taux  élevé  de  chômage,  la  pauvreté  et  un  investissement  insuffisant  des  pouvoirs  publics  (JICRA  2002  n° 12  p. 102 ss ; arrêt du 3 juin 2008, D­7122/2006, consid. 8.3.3 à 8.3.5 ; pour  les  détails  :  Federal  Ministry  of  Health/Republika  Srpska  Ministry  of  Health  and  Social  Welfare,  Situation  Analysis  and  Assessment  of  Community  Mental  Health  Services  in  Bosnia­Herzegovina,  2009,  disponible sous http://www.mentalnozdravlje.ba). Selon  la  jurisprudence,  en présence d'une demande très forte et en augmentation, les possibilités  de traitement sont dès lors aléatoires et les frais découlant du traitement  en  partie  à  la  charge  des  patients,  même  s'ils  souffrent  de  troubles  psychiques  d'une  intensité  telle  qu'ils  ont  impérativement  besoin  d'un  suivi  médical  spécifique,  important  et  de  longue  durée  (cf.  arrêt  du  Tribunal administratif fédéral du 14 avril 2011, D­7597/2007, consid. 5.4). 4.6. Dans  le  cas  présent,  l'état  de  santé  du  recourant  est  préoccupant  (cf. consid.  4.3)  et  le  pronostic  sans  traitement  est  considéré  comme  extrêmement  défavorable,  compte  tenu,  notamment,  de  ses  idées  suicidaires.  Ses  troubles  psychiques  nécessitent  donc  une  prise  en  charge régulière et spécialisée et, en cas de facteur de stress, une prise  en  charge  intensive.  Un  arrêt  de  cette  prise  en  charge,  et  plus  particulièrement  l'absence  d'un  accueil  adapté  dans  un  centre  de  soins  spécialisés, entraînerait  de plus,  selon  les médecins  traitants, un  risque  majeur  pour  lui­même  et  ses  proches.  A  cela  s'ajoute  que  les  enfants  souffrent  grandement de  la  fragilité  psychologique de  leur  père et  qu'ils  présentent  des  réactions  nécessitant  actuellement  un  suivi  médical.  La  recourante,  sans  formation,  n'ayant  jamais  travaillé  dans  son  pays  d'origine,  ayant  deux  enfants  à  charge  peut  se  prévaloir  de  lourdes  responsabilités  dans  la  famille, même  s'il  n'est  pas  exclu  qu'elle  puisse  éventuellement être soutenue par certains membres de sa famille restés  au  pays.  Partant,  suite  à  une  pondération  de  l'ensemble  des  éléments  ayant trait à l'examen de l'exécution du renvoi en Bosnie et Herzégovine  de la famille en question, en présence d'un processus maladif s'étendant  sur  plusieurs  années  chez  A._______  sans  rémission  durable  ces  trois  dernières années,  de deux enfants  fortement  perturbés par  les  troubles  psychiques de leur père, des problèmes effectifs d'accès aux soins dans  le domaine de la santé psychique en Bosnie et Herzégovine,  le Tribunal  juge  que  l'exécution  du  renvoi  des  recourants  et  de  leurs  deux  enfants  entraîneraient actuellement une mise en danger concrète de leur intégrité  psychique, voire physique. Aussi, compte tenu de ce fait et de la conduite  http://www.mentalnozdravlje.ba

E­5019/2008 Page 12 exempte  de  plainte  de  l'ensemble  des  membres  de  cette  famille  ces  dernières  années,  il  y  a  lieu  de  considérer  l'exécution  de  leur  renvoi  comme inexigible. 4.7.  L'ODM  est  dès  lors  invité  à  prononcer  l'admission  provisoire  des  recourants et de leurs enfants. 5.  Compte  tenu des circonstances particulières de  la cause,  il ne sera pas  perçu de frais de procédure (art. 63 al. 3 PA). 6.  Vu  l'issue  de  la  cause  et  au  vu  des  frais  utiles  et  nécessaires  à  leur  défense,  le Tribunal estime justifié d'octroyer aux recourants un montant  de Fr. 800.­,  à  titre  de dépens  (TVA  compris). Ce montant  est mis  à  la  charge de l'ODM (art. 64 al. 2 PA). (dispositif page suivante)

E­5019/2008 Page 13 Par ces motifs, le Tribunal administratif fédéral prononce : 1.  Le  recours  est  admis.  Partant,  les  chiffres  4  et  5  du  dispositif  de  la  décision de l'ODM du 26 juillet 2006 et sa décision du 2 juillet 2008 sont  annulés. 2.  L'ODM  est  invité  à  régler  les  conditions  de  séjour  des  recourants  conformément aux dispositions sur l'admission provisoire. 3.  Il n'est pas perçu de frais de procédure. 4.  Une indemnité de Fr. 800.­ est allouée aux recourants à titre de dépens,  à la charge de l'ODM.  5.  Le  présent  arrêt  est  adressé  aux  recourants,  à  l'ODM  et  à  l'autorité  cantonale compétente. La présidente du collège : Le greffier : Jenny de Coulon Scuntaro Olivier Bleicker Expédition :

E-5019/2008 — Bundesverwaltungsgericht 05.09.2011 E-5019/2008 — Swissrulings