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Bundesverwaltungsgericht 01.12.2011 E-4870/2008

1. Dezember 2011·Français·CH·CH_BVGE·PDF·2,775 Wörter·~14 min·1

Zusammenfassung

Asile et renvoi | Asile

Volltext

Bundesve rwa l t ungsge r i ch t T r i buna l   adm in istratif   f édé ra l T r i buna l e   ammin istrati vo   f ede ra l e T r i buna l   adm in istrativ   f ede ra l     Cour V E­4870/2008 Arrêt   d u   1 e r   d é c emb r e   2011 Composition Jean­Pierre Monnet (président du collège),  Emilia Antonioni, Kurt Gysi, juges, Isabelle Fournier, greffière. Parties A._______, Sri Lanka,   représenté par Elisa ­ Asile, (…), recourant,  contre Office fédéral des migrations (ODM), Quellenweg 6,  3003 Berne,    autorité inférieure.  Objet Asile et renvoi ; décision de l'ODM du 17 juin 2008 / N (…).

E­4870/2008 Page 2 Faits : A.  A._______  (ci­après :  le  recourant)  a  déposé,  le  30  août  2006,  une  demande d'asile en Suisse.  B.  Le  5  septembre  2006,  il  a  été  entendu  sommairement  par  l'ODM,  au  centre  d'enregistrement  et  de  procédure  (CEP)  de  Bâle.  L'audition  sur  ses motifs d'asile a eu lieu le 19 octobre 2006, devant l'autorité cantonale  compétente.  Selon  ses  déclarations,  le  recourant  est  célibataire,  d'ethnie  tamoule  et  vient de B._______ (province de l'Est), où il aurait vécu avec ses parents.  Après  la  fin de sa scolarité,  il  aurait  travaillé, dès 1999 environ, en  tant  que  (…),  dans  l'entreprise  de  son  oncle  paternel,  à  B._______.  A  ce  poste,  il  aurait  dû  répondre  parfois  aux  demandes  d'information  de  membres des LTTE (Liberation Tigers of Tamil Eelam), lorsqu'il s'agissait  de travaux plus proches de la forêt, la ville elle­même étant sous contrôle  du gouvernement. Dans  le courant de  l'année 2004,  il aurait été enlevé par  les LTTE, puis  libéré environ un mois plus tard en échange d'une rançon payée par son  père. Parallèlement  à  son emploi  chez  son oncle,  le  recourant  aurait  travaillé  occasionnellement,  durant  les  fins  de  semaine ou pendant  les  périodes  électorales,  au  service  de  membres  du  parlement,  en  accomplissant  diverses  tâches  en  ville  de  B._______  (transport  de  courrier  et  de  marchandises,  pose  d'affiches  électorales,  ou  encore  installations  électriques  lors  de  meetings).  Il  l'aurait  fait,  comme  beaucoup  d'autres  Tamouls, par sympathie pour le "parti national tamoul", mais aussi parce  qu'il comptait obtenir, par ses liens avec des parlementaires, des appuis  pour trouver un emploi. Il aurait en particulier travaillé pour C._______, un  parlementaire  proche  des  LTTE  et  ami  de  son  oncle  paternel.  Après  l'assassinat  de  ce  député,  le  (…)  2005,  le  recourant  serait  demeuré  à  disposition d'autres parlementaires, en particulier D._______.  Il se serait  rendu  régulièrement,  en  fin  de  semaine,  dans  les  bureaux  des  parlementaires  du  parti  pour  le  district.  Il  n'aurait  cependant  pas  eu  de  réelle activité, du fait que le Sri Lanka ne se trouvait pas, à l'époque, en 

E­4870/2008 Page 3 période électorale, mais se serait  senti  davantage en sécurité dans ces  locaux que sur  la  rue, où  l'armée  faisait des contrôles. En  janvier 2006,  les soldats de  l'armée se seraient amusés à  le  faire  tomber, en mettant  un bâton dans la roue de son vélo. Après le décès de C._______, l'organisation dissidente des LTTE, dirigée  par  le  commandant  Karuna  (ci­après :  le  groupe  Karuna)  aurait  commencé à éliminer les sympathisants de ce député. Le (…) juin 2006, des membres du groupe Karuna se seraient présentés  au domicile du recourant, en l'absence de ce dernier. Ils auraient proféré  des menaces  à  son  encontre,  pour  le  cas  où  il  continuerait  à  travailler  pour des parlementaires acquis à la cause des LTTE. Environ un mois plus tard, soit le (…) juillet 2006, alors qu'il rentrait à son  domicile en début de soirée,  le  recourant aurait  été enlevé, non  loin de  chez lui, par des hommes circulant dans un van blanc. Il se serait agi de  trois membres du groupe de Karuna,  s'exprimant  en  tamoul  et  de deux  soldats  de  l'armée  sri­lankaise.  A  l'intérieur  du  véhicule  se  seraient  trouvées deux autres personnes déjà enlevées avant lui. En parlant avec  celles­ci,  il  aurait  appris  qu'elles  avaient  également  travaillé  pour  un  membre du parlement,  lui  aussi  victime d'un attentat. Après environ dix  minutes de  trajet,  leurs  ravisseurs auraient  fait  halte  à  un endroit  où  ils  entendaient se poster pour enlever encore une autre personne (ou deux  autres personnes, selon  les versions).  Ils auraient  fait sortir  le  recourant  et les deux autres prisonniers en leur disant d'attendre vers un arbre ou,  selon  une  autre  version,  leur  auraient  dit  d'attendre  dans  le  bus,  alors  qu'eux­mêmes  s'éloignaient  quelque  peu  du  véhicule.  Profitant  de  l'obscurité, le recourant et ses compagnons d'infortune auraient tenté leur  chance,  persuadés  que  s'ils  n'arrivaient  pas  à  s'enfuir,  ils  seraient  exécutés. Alors que le recourant, familier des lieux, s'éloignait en courant,  il aurait entendu des cris de leurs ravisseurs (ou, selon la version donnée  au CEP, aurait entendu des tirs). Ayant rencontré sur la route un ami qui  lui aurait prêté son vélo, le recourant se serait rendu chez un prêtre de sa  connaissance,  à  B._______.  Le  lendemain  (ou  après  son  arrivée  à  Colombo, selon  la version donnée au CEP),  il aurait appris, en  lisant un  article  de  presse,  que  les  deux  autres  personnes,  qui  avaient  tenté  de  s'enfuir  en même  temps que  lui,  avaient  été mortellement  blessées par  les  tirs de  leurs  ravisseurs. Sur  le conseil du prêtre et avec  l'aide de ce  dernier, il aurait quitté B._______ pour se rendre en bus à Colombo, où il  aurait été hébergé par un ami de son père.

E­4870/2008 Page 4 Pendant  son  séjour  dans  cette  ville,  le  recourant  aurait  appris,  par  son  père, que des membres du groupe Karuna (ceux­là mêmes qui  l'avaient  enlevé)  s'étaient  présentés  à  son  domicile,  le  (…) juillet  2006,  qu'ils  étaient à sa  recherche et qu'ils avaient proféré des menaces de mort à  son encontre. Sur le conseil de son père, il aurait organisé son départ, ne  se  sentant  pas  en  sécurité  à  Colombo,  où  le  groupe  Karuna  avait  ses  antennes.  Il aurait quitté le Sri Lanka le (…) août 2006, par avion, à destination de  Dubai, puis de l'Italie, où il serait demeuré quatre jours, avant de gagner,  en voiture, la Suisse où il serait entré clandestinement le 30 août 2006. Le  recourant  s'est  légitimé  au  moyen  d'une  carte  d'identité.  Selon  ses  déclarations, son propre passeport aurait été conservé par le passeur, qui  lui aurait remis, pour son voyage, un faux passeport.   Le  recourant a  remis à  l'ODM plusieurs moyens de preuve à  l'appui de  ses dires, à savoir : un rapport de police daté du (…) août 2006, relatant  une déposition  faite par  son père au poste de police,  suite à  la  visite à  son  domicile  de  personnes  inconnues  et  armées  recherchant  son  fils ;  des  déclarations  écrites  de  trois  membres  (ou  anciens  membres)  du  parlement, d'un juge de paix, ainsi que d'un prêtre, et un article de presse  paru le (…) juillet 2006. C.  Par  décision  du  17  juin  2008,  l'ODM  a  rejeté  la  demande  d'asile  du  recourant,  au  motif  que  les  faits  allégués  n'avaient  pas  été  rendus  vraisemblables.  Il  a  considéré,  en  particulier,  que  les  déclarations  de  l'intéressé comportaient de nombreuses contradictions, que son récit des  circonstances dans lesquelles il aurait réussi à échapper à ses ravisseurs  était  trop  simpliste  pour  être  crédible  et  que  ses  propos  concernant  les  circonstances  dans  lesquelles  il  aurait  voyagé  jusqu'en  Suisse  étaient  stéréotypés.  S'agissant  des  documents  remis  à  titre  de  moyens  de  preuve, l'ODM a estimé qu'il n'y avait pas lieu d'y accorder un quelconque  crédit, dès lors qu'il s'agissait d'attestations émises à la demande du père  de l'intéressé et rédigées sur la base des déclarations de celui­ci. Il a en  outre observé que les attestations n'indiquaient pas que les inconnus qui  recherchaient  le  recourant  faisaient  partie  du  groupe  Karuna,  que  la  déposition  faite  à  la  police  par  son  père  ne  faisait  pas mention  de  son  enlèvement et qu'enfin  il n'était pas plausible que son père eût dénoncé 

E­4870/2008 Page 5 les faits aux autorités locales, sachant que des soldats de l'armée étaient  complices des membres du groupe qui aurait enlevé son fils. Par  la  même  décision,  l'ODM  a  prononcé  le  renvoi  de  Suisse  du  recourant  et  ordonné  l'exécution  de  cette  mesure,  considérée  comme  licite, possible et raisonnablement exigible, du fait que l'intéressé avait la  faculté  de  s'installer  dans  une  autre  région  du  pays,  en  particulier  à  Colombo où il disait avoir séjourné durant un mois avant de quitter le Sri  Lanka  et  où  il  connaissait  plusieurs  personnes  pour  lesquelles  il  avait  travaillé et qui pourraient lui apporter leur soutien. D.  Le recourant a interjeté recours contre cette décision par acte du 23 juillet  2008, en concluant principalement à l'octroi de l'asile et, subsidiairement,  à  l'admission  provisoire.  Il  a  contesté  les  arguments  retenus  par  l'ODM  pour conclure à l'invraisemblance de ses allégués et lui a fait grief d'avoir  violé son droit d'être entendu en écartant, sous prétexte qu'ils avaient été  demandés  par  son  père,  les  moyens  de  preuve  fournis,  sans  les  examiner  avec  le  soin  nécessaire.  S'appuyant  sur  un  arrêt  de  la  Cour  européenne  des  droits  de  l'homme  en  la  cause  NA.  c/  Royaume  Uni  (requête n° 25904/07),  il  a  soutenu que  l'exécution de son  renvoi  serait  illicite  compte  tenu du  risque d'arrestation à  l'aéroport  de Colombo et  a  fait  valoir  au  surplus  qu'elle  n'était  pas  raisonnablement  exigible  du  fait  qu'il ne disposait d'aucun réseau social dans cette ville.  E.  Par  courrier  du  31  juillet  2008,  le  recourant  a  déposé  une  nouvelle  déclaration  (non  datée)  qu'il  aurait  reçue  par  télécopie  du  prêtre  qui  l'aurait hébergé à B._______ après qu'il eût échappé à ses ravisseurs. F.  Invité à se prononcer sur  le  recours,  l'ODM en a proposé  le  rejet,  dans  une réponse succincte, datée du 15 août 2008.  G.  Par ordonnance du 11 mars 2011, le juge instructeur a invité le recourant  à  se  déterminer  sur  l'actualité  des  risques  invoqués,  eu  égard  à  l'évolution de la situation dans son pays d'origine et à la nouvelle pratique  de  l'ODM, considérant  l'exécution du  renvoi de  ressortissants sri­lankais  comme,  en  principe,  raisonnablement  exigible,  à  l'exception  des  personnes ayant eu leur dernier domicile dans le Vanni.

E­4870/2008 Page 6 H.  Le recourant s'est déterminé par courrier du 25 mars 2011. Il a fait valoir  que  de  nombreux  ex­membres  du  groupe  Karuna  faisaient  partie  des  autorités au pouvoir dans la province de l'Est, que la police travaillait main  dans la main avec les groupes paramilitaires et qu'ainsi, compte tenu de  son  profil  particulier,  il  ne  serait  pas  en  sécurité  en  cas  de  retour  à  B._______.  Il  a  soutenu  pour  le  surplus  qu'il  ne  disposait  pas  d'une  alternative viable d'installation à Colombo.  Il  a  déposé à  titre  de preuve une déclaration datée du  (…) mars  2011,  reçue  en  télécopie,  émanant  d'un  collaborateur  de  la  Justice  de  paix  à  B._______,  confirmant  qu'il  aurait  été  inquiété,  quatre  ans  auparavant,  par  des  personnes  non  identifiées  et  qu'il  serait  toujours  recherché  par  ces dernières. I.   Par courrier du 2 novembre 2011, le recourant a encore fait valoir, en se  basant  sur  un  rapport  de  l'Organisation  Suisse  d'Aide  aux  réfugiés  (OSAR), du 22 septembre 2011,  les risques de contrôles poussés, voire  d'arrestation, de détention prolongée et de traitements prohibés auxquels  étaient exposés les Tamouls à leur retour au Sri Lanka, en particulier les  personnes  qui,  comme  lui,  avaient  déposé  une  demande  d'asile  à  l'étranger et provenant du Nord ou de l'Est du pays. J.  Les  autres  faits  importants  ressortant  du  dossier  seront  évoqués  si  nécessaire dans les considérants en droit qui suivent. Droit :  1.   1.1.  En  vertu  de  l’art.  31  de  la  loi  du  17  juin  2005  sur  le  Tribunal  administratif fédéral (LTAF, RS 173.32), applicable par renvoi de l’art. 105  de  la  loi  du  26  juin  1998  sur  l’asile  (LAsi,  RS  142.31),  le  Tribunal  administratif fédéral (ci­après, le Tribunal) connaît des recours contre les  décisions au sens de l’art. 5 de la loi fédérale du 20 décembre 1968 sur la  procédure  administrative  (PA,  RS  172.021)  prises  par  les  autorités  mentionnées à l’art. 33 LTAF. 

E­4870/2008 Page 7 En particulier, les décisions rendues par l’ODM concernant l’asile peuvent  être  contestées,  devant  le  Tribunal,  lequel  statue  alors  définitivement,  sauf demande d’extradition déposée par l’Etat dont le requérant cherche  à se protéger (art. 83 let. d ch. 1 de la loi du 17 juin 2005 sur le Tribunal  fédéral [LTF, RS 173.110]), exception non réalisée en l'espèce. 1.2. La procédure devant le Tribunal est régie par la PA, pour autant que  ni  la  LTAF  (cf.  art.  37  LTAF)  ni  la  LAsi  (cf.  art.  6  LAsi)  n'en  disposent  autrement. 1.3. Le recourant a qualité pour recourir. Présenté dans la forme et dans  les délais prescrits par la loi, le recours est recevable (art. 48 et 52 PA et  art. 108 al. 1 LAsi). 2.  2.1. Sont des réfugiés les personnes qui, dans leur Etat d’origine ou dans  le pays de leur dernière résidence, sont exposées à de sérieux préjudices  ou craignent à juste titre de l’être en raison de leur race, de leur religion,  de leur nationalité, de leur appartenance à un groupe social déterminé ou  de  leurs  opinions  politiques.  Sont  notamment  considérées  comme  de  sérieux préjudices la mise en danger de la vie, de l’intégrité corporelle ou  de  la  liberté,  de  même  que  les  mesures  qui  entraînent  une  pression  psychique  insupportable.  Il  y  lieu  de  tenir  compte  des  motifs  de  fuite  spécifiques aux femmes (art. 3 al. 1 et 2 LAsi). 2.2.  Quiconque  demande  l’asile  (recourant)  doit  prouver  ou  du  moins  rendre  vraisemblable  qu’il  est  un  réfugié.  La  qualité  de  réfugié  est  vraisemblable  lorsque  l’autorité  estime  que  celle­ci  est  hautement  probable. Ne sont pas vraisemblables notamment les allégations qui, sur  des  points  essentiels,  ne  sont  pas  suffisamment  fondées,  qui  sont  contradictoires,  qui  ne  correspondent  pas  aux  faits  ou  qui  reposent  de  manière déterminante sur des moyens de preuve faux ou falsifiés (art. 7  LAsi). 3.  3.1.  En  l’occurrence,  force  est  tout  d'abord  de  constater  que  les  déclarations  du  recourant  lors  de  ses  auditions  ne  font  pas  apparaître  d'éléments  de  nature  à  rendre  vraisemblable  qu'il  était  particulièrement  engagé politiquement et qu'il aurait pu être perçu par  le groupe Karuna,  ou  par  les  autorités  sri­lankaises,  comme  un  soutien  important  de 

E­4870/2008 Page 8 parlementaires proches des LTTE.  Il a  lui­même allégué qu'il  y avait de  très  nombreux  jeunes  Tamouls  disposés  à  aider  bénévolement  leur  parlementaires  et  que  lui­même  n'avait  pas  d'intérêt  particulier  pour  la  politique.   Contrairement  à  ce  qu'il  soutient  dans  son  mémoire  de  recours,  il  n'a  aucunement  rendu  vraisemblable  qu'il  aurait  entretenu  des  liens  étroits  avec  C._______.  L'assassinat  de  ce  dernier  (…)  est  un  événement  notoire  et  aucune  des  réponses  du  recourant  n'est  significative  d'une  connaissance particulière des faits et gestes de ce dernier.  Au  demeurant,  ce  député  a  été  assassiné  en  (…)  2005  et  le  recourant  n'aurait été personnellement inquiété par le groupe Karuna qu'à partir de  l'été  suivant.  Or,  il  prétend  n'avoir  pratiquement  pas  eu  "d'activités  politiques"  en  2006  (cf.  p.  9),  ce  qui  rend  peu  plausible  que  le  groupe  Karuna  se  soit  intéressé particulièrement  à  lui,  au point  de  se  rendre à  son domicile, le (…) juin 2006, pour proférer des menaces à son encontre  au cas où il continuait son travail de soutien.  3.2.  Par  ailleurs,  comme  l'a  relevé  l'ODM  sur  la  base  d'éléments  nombreux  et  pertinents,  les  déclarations  du  recourant  concernant  son  prétendu enlèvement par  le groupe Karuna et  les circonstances sa  fuite  ne satisfont pas aux exigences de vraisemblance posées par  la  loi. Ses  explications visant à atténuer l'importance des divergences relevées dans  son récit des événements ne convainquent pas. Pour ne prendre que cet  exemple,  il  a  clairement  allégué,  lors  de  l'audition  sommaire,  avoir  entendu des coups de feu au moment de sa fuite, alors qu'il l'a nié par la  suite,  expliquant  que  les  ravisseurs  avaient  des  silencieux. Par  ailleurs,  s'il y avait, comme il le prétend, cinq personnes (deux soldats de l'armée  et trois membres du groupe Karuna) à l'intérieur du véhicule dans lequel il  aurait  été  enlevé,  celles­ci  n'auraient  certainement  pas  laissé  leurs  prisonniers  sans  aucune  surveillance,  ni  la  porte  du  bus  ouverte,  leur  permettant de s'enfuir. L'argumentation du recourant, selon laquelle leurs  ravisseurs n'auraient pas, vu leur réputation, eu de raison de s'attendre à  ce que leurs prisonniers prennent le risque de s'enfuir, ce qui expliquerait  leur inattention, ne saurait sérieusement convaincre. 3.3.  Le  fait  que  le  groupe  de  Karuna  ait  été  particulièrement  actif  et  influent dans la région de B._______, ou qu'il soit notoire que nombre de  Tamouls aient disparu après avoir été enlevés à bord de vans blancs, ne  suffit pas à rendre vraisemblable que le recourant lui­même ait été l'objet 

E­4870/2008 Page 9 d'un  tel  acte.  Les  différents  rapports  et  articles  de  presse  auxquels  se  réfèrent le recourant dans son mémoire ne sauraient pallier le manque de  crédibilité de son récit. 3.4.  Le  recourant  a  fourni,  lors  de  l'audition  du  19  octobre  2006,  de  nombreux documents pour étayer ses dires. Le Tribunal les examinera ci­ dessous  dans  l'ordre  dans  lequel  ils  sont  mentionnés  dans  le  procès­ verbal de cette audition (cf. p. 2). 3.4.1. Le  premier  est  un  document  émanant  d'un  officier  d'un  poste  de  police de B._______, daté du (…) août 2006. Selon la traduction faite par  l'interprète  présent  lors  de  l'audition  (cf.  p.  10  du  procès­verbal),  ce  document rend compte de la déposition du père du recourant, qui aurait  déclaré  que  deux  personnes  inconnues  et  armées  étaient  venues  chercher son fils,  le (…)  juin 2006 et  le (…)  juillet 2006 et  lui avaient dit  que  celui­ci  risquerait  sa  vie  s'il  venait  à  la  maison.  Comme  l'a  relevé  l'ODM,  ce  document  ne  fait  pas  mention  de  l'enlèvement  qui  serait  le  motif déterminant de la fuite de l'intéressé, ni d'une menace par le groupe  Karuna. Dans son mémoire,  le recourant  fait valoir qu'il est parfaitement  logique que son père n'ait pas désigné nommément  le groupe Karuna à  la  police,  vu  les  accointances  entre  celui­ci  et  les  forces  gouver­ nementales ;  il  n'aurait  parlé  que  des  faits  qu'il  aurait  personnellement  vécus, à savoir des visites à son domicile et non de l'enlèvement de son  fils.  Une  telle  argumentation  ne  convainc  guère.  Le  père  du  recourant  aurait  pu  se  contenter  de  taire  ses  soupçons  contre  le  groupe  Karuna,  mais mentionner néanmoins l'enlèvement, qui démontrerait le sérieux des  menaces reçues de ces inconnus. Au demeurant, ledit document, qui ne  prouve, tout au plus, que l'existence de déclarations faites par le père du  recourant  à  la  police,  n'est  pas  de  nature  à  établir  la  véracité  de  faits  allégués par l'intéressé. 3.4.2.  Il  en  va  de  même  de  l'attestation  de  E._______,  membre  du  parlement,  datée  du  (…)  juillet  2006.  Cette  personne  déclare  que  le  recourant  lui est connu et que celui­ci a été harcelé de  longue date par  des groupes armés inconnus. Force est de constater que cette pièce, très  succincte  quant  à  son  contenu,  ne  contient  aucun  détail  personnel  indiquant  la manière dont son auteur aurait appris que  le recourant était  menacé. Elle ne  fournit aucun élément permettant de placer  les  risques  allégués  dans  un  contexte  plus  précis.  Rédigée  en  termes  particulièrement vagues, elle ne saurait être apte à établir la véracité des  faits  allégués  par  le  recourant.  Tout  au  plus  démontre­t­elle  que  le 

E­4870/2008 Page 10 recourant a des  relations parmi  les parlementaires  tamouls. Toutefois,  il  n'est pas nié qu'il a pu, comme de nombreux jeunes de la région, être un  sympathisant des élus qui défendaient la cause des Tamouls. Ce fait ne  suffit  pas à  rendre vraisemblable un  risque de persécution ciblée à son  encontre. 3.4.3. Le troisième document déposé par le recourant est une attestation  d'un directeur retraité d'un collège (…) de B._______, F._______, datée  du  (…)  juillet  2006.  Il  s'agit  d'un  écrit  rédigé  en  termes  très  généraux,  relatant  la  situation  difficile  des  jeunes  compte  tenu  des  diverses  restrictions  auxquels  ils  sont  soumis,  notamment  dans  leurs  déplacements. Ce document ne constitue donc pas un moyen de preuve  apte à prouver la véracité des motifs d'asile du recourant.   3.4.4. Le recourant a encore déposé une attestation émanant d'un officier  public  (…),  G._______,  datée  du  (…)  juillet  2006,  selon  laquelle  le  recourant a été recherché à plus de deux reprises, par certains groupes,  en  juin  2006.  La  formule  utilisée  ("I  am  given  to  understand")  et  la  fonction de  la personne (…) montrent qu'il prend simplement acte de ce  qu'une  tierce  personne  lui  rapporte.  Vu  que  le  recourant  a  lui­même  indiqué  que  son  père  avait  demandé  cette  pièce,  l'ODM a,  à  bon  droit,  considéré que celle­ci n'avait pas de valeur probante. 3.4.5. Le recourant a encore fourni une attestation du secrétaire général  d'une organisation religieuse (…). Celui­ci confirme que le recourant a été  recherché  par  des  forces  gouvernementales  et  d'autres  groupes  parce  qu'il  était  un membre  actif  de  la  minorité  tamoule  à  B._______  et  qu'il  avait  joué  un  rôle  vital  au  sein  de  la  minorité  durant  les  violences  ethniques. Il ajoute que le recourant a été, pour cette raison, contraint de  s'installer  à  Colombo,  mais  que  même  là­bas  il  n'a  pas  pu  suivre  régulièrement  les  cours  dès  lors  que  de  jeunes  Tamouls  l'y  avaient  recherché, de sorte qu'il devait souvent changer de résidence et a fini par  s'expatrier.  Force  est  de  constater  que  cette  attestation  ne  correspond  pas entièrement aux déclarations du recourant, lequel n'a jamais déclaré  avoir  étudié  à  Colombo,  ni  y  avoir  été  recherché,  et  n'a  pas  non  plus  prétendu  avoir  joué  un  rôle  important  à  B._______.  Ce  document  apparaît ainsi comme un écrit de complaisance, sans valeur probante. 3.4.6. La dernière pièce déposée par  le  recourant auprès de  l'ODM est  une  attestation  d'un  autre membre  du  parlement,  D._______,  datée  du  (…)  août  2006.  Elle  est  rédigée  en  termes  très  vagues  pouvant 

E­4870/2008 Page 11 s'appliquer à nombre de jeunes Tamouls ayant quitté le pays. Aussi, sans  la  qualifier  à  proprement  parler  de  lettre  de  complaisance,  elle  ne  peut  être considérée comme apte à prouver que  le recourant a été enlevé et  s'est  enfui  dans  les  circonstances  décrites.  Le  fait  que  l'auteur  déclare  qu'il est soumis comme de nombreux jeunes de la région à des menaces  émanant  de  groupes  armés  atteste  tout  au  plus  la  situation  tendue  régnant à l'époque.  3.4.7. Quant à  l'article de presse, daté du  (…)  juillet 2006,  fourni par  le  recourant,  il  relate,  selon  les  explications  de  ce  dernier,  que  deux  personnes ont été tuées. Il n'est cependant en aucune manière de nature  à prouver que le recourant, dont le nom n'est pas mentionné dans l'article  (cf.  pv  de  l'audition  sur  les  motifs  p.  2),  et  dont  les  déclarations  ne  satisfont  pas  aux  exigences  de  vraisemblance  fixées  par  la  loi,  ait  été  personnellement mêlé à cette histoire.   3.5.  Les  moyens  de  preuve  fournis  durant  la  procédure  de  recours  n'apparaissent pas non plus comme déterminants. La lettre du prêtre qui  l'aurait  hébergé,  fournie  par  courrier  du  31  juillet  2008,  ne  suffit  pas  à  contrebalancer  les  importants  éléments  d'invraisemblance  relevés  dans  les déclarations du recourant. En effet, il ne peut être exclu qu'il s'agisse  d'un document de complaisance. Quant à  l'attestation d'un  juge de paix  de  B._______  datée  du  (…)  mars  2011,  elle  est  rédigée  en  termes  particulièrement  généraux.  Elle  ne  donne  pas  non  plus  d'indication  concernant la manière dont cette personne aurait appris que le recourant  avait  été  et  serait  toujours  recherché.  Enfin,  elle  ne  donne  aucune  précision  s'agissant  des  raisons  pour  lesquelles  il  serait menacé.  Aussi  n'apparaît­elle  pas  comme  un moyen  de  preuve  propre  à  démontrer  la  véracité des faits allégués. 3.6.  En  conclusion,  il  apparaît  que  le  recourant  n'est  pas  parvenu  à  rendre vraisemblables  les  faits allégués à  l'appui de sa demande d'asile  et que  les moyens de preuve produits ne sont pas d'une force probante  suffisante  pour  contrebalancer  les  forts  éléments  d'invraisemblance  relevés dans son récit. Partant,  la décision de l'ODM est fondée, en tant  qu'elle  refuse  de  lui  reconnaître  la  qualité  de  réfugié  et  rejette  sa  demande d'asile.  4.   Il  s’ensuit  que  le  recours,  en  tant  qu’il  conteste  le  refus  de  reconnaissance de la qualité de réfugié et de l’asile, doit être rejeté.

E­4870/2008 Page 12 5.  5.1. Lorsqu’il rejette la demande d’asile ou qu’il refuse d’entrer en matière  à ce sujet, l’ODM prononce, en règle générale, le renvoi de Suisse et en  ordonne  l’exécution ;  il  tient  compte  du  principe  de  l’unité  de  la  famille  (art.  44  al.  1  LAsi).  Le  renvoi  ne  peut  être  prononcé,  selon  l’art.  32  de  l’ordonnance 1 du 11 août 1999 sur l’asile relative à la procédure (OA 1,  RS 142.311),  lorsque  le  recourant  d’asile  dispose  d’une  autorisation  de  séjour  ou  d’établissement  valable,  ou  qu’il  fait  l’objet  d’une  décision  d’extradition ou d’une décision de renvoi conformément à  l’art. 121 al. 2  de la Constitution fédérale du 18 avril 1999 (Cst., RS 101). 5.2.  Aucune  exception  à  la  règle  générale  du  renvoi  n’étant  en  l’occurrence réalisée, le Tribunal est tenu, de par la loi, de confirmer cette  mesure. 6.  6.1. L’exécution du renvoi est ordonnée si elle est licite, raisonnablement  exigible  et  possible  (art.  44  al.  2  LAsi).  Si  ces  conditions  ne  sont  pas  réunies, l’admission provisoire doit être prononcée. Celle­ci est réglée par  l’art. 84 de  la  loi  fédérale sur  les étrangers du 16 décembre 2005 (LEtr,  RS 142.20. 6.2. L’exécution n’est pas  licite  lorsque  le  renvoi de  l’étranger dans son  Etat d’origine ou de provenance ou dans un Etat  tiers est  contraire aux  engagements  de  la  Suisse  relevant  du  droit  international  (art.  83  al.  3  LEtr). Aucune personne ne peut être contrainte, de quelque manière que  ce soit, à se rendre dans un pays où sa vie, son intégrité corporelle ou sa  liberté  serait menacée  pour  l’un  des motifs mentionnées  à  l’art.  3  al.  1  LAsi, ou encore d’où elle  risquerait d’être astreinte à se  rendre dans un  tel pays (art. 5 al. 1 LAsi). Nul ne peut être soumis à  la  torture ni à des  peines ou  traitements  inhumains ou dégradants  (art. 3 de  la convention  du 4 novembre 1950 de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés  fondamentales [CEDH, RS 0.101]). 6.3. L’exécution de  la décision peut ne pas être raisonnablement exigée  si  le  renvoi  ou  l’expulsion  de  l’étranger  dans  son  pays  d’origine  ou  de  provenance  le  met  concrètement  en  danger,  par  exemple  en  cas  de  guerre,  de  guerre  civile,  de  violence  généralisée  ou  de  nécessité  médicale (art. 83 al. 4 LEtr).

E­4870/2008 Page 13 6.4. L’exécution n’est pas possible  lorsque l’étranger ne peut pas quitter  la  Suisse  pour  son  Etat  d’origine,  son  Etat  de  provenance  ou  un  Etat  tiers, ni être renvoyé dans un de ces Etats (art. 83 al. 2 LEtr). 7.  7.1. L’exécution du renvoi est illicite,  lorsque la Suisse, pour des raisons  de droit  international public, ne peut contraindre un étranger à se rendre  dans  un  pays  donné  ou  qu’aucun  autre  Etat,  respectant  le  principe  du  non­refoulement,  ne  se  déclare  prêt  à  l’accueillir ;  il  s’agit  d’abord  de  l’étranger  reconnu  réfugié,  mais  soumis  à  une  clause  d’exclusion  de  l’asile, et ensuite de l’étranger pouvant démontrer qu’il serait exposé à un  traitement prohibé par  l’art. 3 CEDH ou encore  l’art. 3 de  la Convention  du  10  décembre  1984  contre  la  torture  et  autres  peines  ou  traitements  cruels,  inhumains ou dégradants (Conv. torture, RS 0.105) (Message du  Conseil  fédéral  à  l’appui  d’un  arrêté  fédéral  sur  la  procédure  d’asile  [APA], du 25 avril 1990, in : FF 1990 II 624). 7.2. L’exécution du renvoi ne contrevient pas, en l'espèce, au principe de  non­refoulement de  l’art. 5 LAsi. Comme exposé plus haut,  le  recourant  n'a pas rendu vraisemblable qu’en cas de retour dans son pays d’origine,  il serait exposé à de sérieux préjudices au sens de l’art. 3 LAsi. 7.3. En ce qui concerne les autres engagements de la Suisse relevant du  droit international, il sied d’examiner particulièrement si l’art. 3 CEDH, qui  interdit la torture, les peines ou traitements inhumains, trouve application  dans le présent cas d’espèce. 7.3.1. Si  l'interdiction de  la  torture,  des peines et  traitements  inhumains  (ou dégradants) s'applique  indépendamment de  la reconnaissance de la  qualité  de  réfugié,  cela  ne  signifie  pas  encore  qu'un  renvoi  ou  une  extradition serait prohibée par le seul fait que dans le pays concerné des  violations  de  l'art. 3  CEDH  devraient  être  constatées ;  une  simple  possibilité  de  subir  des  mauvais  traitements  ne  suffit  pas.  Il  faut  au  contraire  que  la  personne  qui  invoque  cette  disposition  démontre  à  satisfaction  qu'il  existe  pour  elle  un  risque  réel,  fondé  sur  des  motifs  sérieux  et  avérés,  d'être  victime  de  tortures  ou  encore  de  traitements  inhumains ou dégradants en cas de  renvoi dans son pays.  Il en  ressort  qu'une situation de guerre, de guerre civile, de troubles intérieurs graves  ou de tension grave accompagnée de violations des droits de l'homme ne  suffit  en  principe  pas  (hormis  des  cas  exceptionnels  de  violence  d'une 

E­4870/2008 Page 14 extrême  intensité) à  justifier  la mise en œuvre de  la protection  issue de  l'art. 3 CEDH, tant que la personne concernée ne peut rendre hautement  probable qu'elle serait visée personnellement ­ et non pas simplement du  fait  d'un  hasard  malheureux  ­  par  des  mesures  incompatibles  avec  la  disposition en question (Jurisprudence et informations de la Commission  suisse  de  recours  en  matière  d’asile  [JICRA]  1996  n°  18  consid. 14b  let. ee p. 186s; cf. également arrêt de  la Cour européenne des droits de  l'homme en l'affaire en l'affaire F.H. c/Suède du 20 janvier 2009, requête  n°  32621/06  et  en  l'affaire  Saadi  c/Italie  du  28 février  2008,  requête  n° 37201/06). 7.3.2. En l’occurrence, le recourant n'a pas rendu vraisemblables les faits  allégués  comme  motifs  de  son  départ  du  pays,  en  particulier  son  prétendu enlèvement par le groupe Karuna, qui aurait agi de concert avec  des  membres  des  forces  armées  sri­lankaise,  et  son  évasion.  Par  ailleurs,  comme  relevé  par  l'ODM,  dans  sa  décision,  ses  déclarations  concernant  la manière  dont  il  aurait  quitté  le  pays  sont  stéréotypées.  Il  déclare  avoir  quitté  le  Sri  Lanka  par  avion,  mais  ne  pas  savoir  si  le  passeur qui l'aurait accompagné, lequel se serait chargé de présenter les  documents  d'identité  aux  contrôles,  aurait  présenté  pour  lui  son  propre  passeport, qu'il aurait lui­même remis à ce passeur avant leur départ, ou  un  autre  passeport  établi  au  nom  d'une  personne  dont  le  patronyme  pourrait  avoir  eu  une  consonance  cinghalaise,  et  qui  aurait  peut­être  comporté sa propre photo (cf. pv de l'audition cantonale p. 3). Partant, on  ne  saurait  considérer  comme  établi  qu'il  a  quitté  le  pays  dans  des  circonstances  et  d'une  manière  propres  à  le  rendre  particulièrement  suspect aux yeux des autorités. Rien ne permet non plus d'affirmer que le  recourant, s'il coopère activement à l'exécution du renvoi, serait astreint à  un  retour  contraint  dans  son  pays  d'origine,  de  nature  à  susciter  des  soupçons  particuliers  à  son  encontre  de  la  part  des  autorités  sri­ lankaises.  Le  seul  fait  d'avoir  déposé une demande d'asile  à  l'étranger,  singulièrement  en  Suisse,  ne  l'expose  pas,  en  soi,  à  des  traitements  prohibés et le dossier ne fait en l'espèce apparaître aucun élément, relatif  en particulier à des contacts que  le recourant aurait pu avoir durant son  séjour  en  Suisse,  pouvant  constituer  un  indice  concret  d'une  crainte  objectivement  fondée  ou  d'un  risque  réel  à  cet  égard  (comp.  arrêt  de  principe  E­6220/2006  du  Tribunal  administratif  fédéral  du  27  octobre  2011, consid. 8.4 et 10.4 tenant compte des considérants de l'arrêt de la  Cour  européenne  en  la  cause  NA.  c/  Royaume­Uni  invoqué  par  le  recourant).

E­4870/2008 Page 15 7.4.  Dès  lors,  l’exécution  du  renvoi  du  recourant  sous  forme  de  refoulement ne transgresse aucun engagement de la Suisse relevant du  droit international, de sorte qu’elle s’avère licite (art. 44 al. 2 LAsi et 83 al.  3 LEtr). 8.  8.1. Selon l’art. 83 al. 4 LEtr,  l’exécution de la décision peut ne pas être  raisonnablement exigée si le renvoi ou l’expulsion de l’étranger dans son  pays  d’origine  ou  de  provenance  le  met  concrètement  en  danger,  par  exemple en cas de guerre, de guerre civile, de violence généralisée ou  de  nécessité médicale. Cette  disposition  s’applique  en  premier  lieu  aux  « réfugiés de la violence », soit aux étrangers qui ne remplissent pas les  conditions  de  la  qualité  de  réfugié  parce  qu’ils  ne  sont  pas  personnellement persécutés, mais qui fuient des situations de guerre, de  guerre civile ou de violence généralisée, et ensuite aux personnes pour  qui  un  retour  reviendrait  à  les  mettre  concrètement  en  danger,  notamment parce qu’elles ne pourraient plus recevoir les soins dont elles  ont  besoin.  L’autorité  à  qui  incombe  la  décision  doit  donc  dans  chaque  cas confronter  les aspects humanitaires  liés à  la situation dans  laquelle  se  trouverait  l’étranger  concerné  dans  son  pays  après  l’exécution  du  renvoi à  l’intérêt public militant en  faveur de son éloignement de Suisse  (ATAF  2009/52  consid.  10.1,  ATAF  2008/34  consid.  11.2.2  et  ATAF  2007/10 consid. 5.1). 8.2.  Dans  son  arrêt  de  principe  E­6220/2008  précité,  le  Tribunal  a  procédé  à  une  nouvelle  analyse  circonstanciée  de  la  situation  au  Sri  Lanka.  Il  est  arrivé  à  la  conclusion  qu'il  convenait,  vu  en  particulier  l'amélioration  de  la  situation  sécuritaire  depuis  la  fin  officielle  du  conflit  militaire entre l'armée sri­lankaise et  les LTTE, en mai 2009, de modifier  sa pratique en matière d'exécution du  renvoi vers  le nord et  l'est du Sri  Lanka, telle que définie dans la jurisprudence publiée (cf. ATAF 2008/2).  Il considère désormais que l'exécution du renvoi est, en principe, exigible  dans  toute  la  région  de  la  province  de  l'Est  (cf.  consid.  13.1­13.2).  S'agissant  de  la  province  du Nord,  l'exécution  du  renvoi  est  également  considérée comme, en principe, raisonnablement exigible – à l'exception  de  la  région  du  Vanni,  longtemps  restée  sous  contrôle  des  LTTE  et  présentant  des  infrastructures  particulièrement  détruites  et  des  régions  minées – étant précisé qu'il s'impose, s'agissant de personnes provenant  de cette province, d'évaluer avec soin les critères d'exigibilité individuels,  en  particulier,  lorsque  l'intéressé  a  quitté  la  région  depuis  longtemps 

E­4870/2008 Page 16 (cf. consid.  13.2).  Lorsque  l'exécution  du  renvoi  vers  cette  province  n'apparaît  pas  comme  raisonnablement  exigible  en  fonction  de  circonstances  personnelles  particulières  ou  en  raison  d'une  provenance  du  Vanni,  il  convient  d'examiner  s'il  existe,  pour  les  personnes  concernées,  une  possibilité  de  refuge  interne  dans  une autre  région  du  Sri Lanka ; celle­ci sera admise en présence de facteurs particulièrement  favorables (cf. consid. 13.2.2 et 13.2.2.3 i.f.). 8.3. Le  recourant  vient,  selon ses déclarations, de B._______  (province  de l'Est). Dans cette région, la situation s'est considérablement stabilisée  et  normalisée  et  on  relève  des  progrès  notoires  sur  le  plan  du  développement  des  infrastructures.  De  nombreux  rapports  font  cependant  état  d'une  recrudescence  d'actes  criminels,  visant  en  particulier  les  personnes  financièrement  aisées  (enlèvements,  cambriolages)  et  souvent  commis  par  des  groupes  paramilitaires  jouissant  d'une  certaine  couverture  de  la  part  des  forces  de  l'ordre  sri­ lankaises (cf. arrêt E­6620/2006 précité, consid. 13.1). 8.4.  Par  ordonnance  du  11  mars  2001,  le  recourant  a  été  invité  à  se  déterminer  sur  la  modification  de  la  pratique  de  l'ODM,  laquelle  correspond, s'agissant de personnes provenant comme le recourant de la  province  de  l'Est,  à  celle  adoptée  par  le  Tribunal  dans  son  arrêt  de  principe  précité.  Il  a  eu  l'opportunité  de  s'exprimer  sur  les  raisons  qui  pourraient  encore  s'opposer  à  l'exécution  de  son  renvoi,  en  dépit  de  la  nette amélioration de la situation dans son pays d'origine et en particulier  dans  sa  province  de  provenance. Dans  son écrit  du  25 mars  2011,  il  a  soutenu  pour  l'essentiel  que  l'exécution  de  son  renvoi  n'était  pas  raisonnablement  exigible  en  raison  de  son  profil  particulier,  à  savoir  du  fait  qu'il  avait  travaillé  pour  le  compte  de  parlementaires  de  l'Alliance  nationale tamoule et avait échappé au groupe Karuna, qui l'avait enlevé.  Il a fait valoir que nombre d'anciens partisans et commandants du groupe  Karuna  s'étaient,  à  l'instar  de  leur  ancien  chef,  ralliés  au  parti  du  président  et  étaient  devenus membres des autorités gouvernementales,  voire intégrés dans les services secrets, notamment dans la province de  l'Est et que par conséquent il serait à la merci des groupes para­militaires  et sans protection de la part des forces de sécurité qui les soutenaient. 8.5. Cela étant, force est de constater que le recourant n'a pas fait valoir,  en  dehors  des  éléments  qui  seraient  liés  aux  problèmes  qu'il  a  allégué  avoir rencontrés avant son départ avec le groupe Karuna, et qui n'ont pas  été  rendus  vraisemblables  (cf.  consid.  3  ci­dessus),  d'autres  obstacles 

E­4870/2008 Page 17 d'ordre personnel à  l'exécution de son  renvoi. En outre,  il ne  ressort du  dossier  aucun  élément  dont  on  pourrait  inférer  que  l’exécution  de  son  renvoi impliquerait une mise en danger concrète du recourant. Celui­ci n'a  pas allégué souffrir de problèmes de santé particuliers. Il est dans la force  de  l'âge  et  rien  n'indique  qu'il  ne  disposerait  pas,  outre  d'une  certaine  expérience professionnelle, d'une pleine capacité de travail. Même si ses  auditions datent de plus de cinq ans, il est permis de penser qu'il dispose  toujours  d'un  certain  réseau  familial  et  social  dans  sa  région  d'origine,  comme en témoigne le fait qu'il a produit des documents tout au long de  la  procédure.  L'existence  d'un  tel  réseau  n'est  d'ailleurs  pas  indispensable au regard de l'âge et de l'état de santé du recourant ; elle  devrait cependant faciliter sa réinstallation dans son pays d'origine.  8.6. Pour  ces motifs,  l’exécution  du  renvoi  doit  être  considérée  comme  raisonnablement exigible, au sens de l'art. 83 al. 4 LEtr. 9.  Enfin,  le  recourant  est  en  possession  de  documents  suffisants  pour  rentrer dans son pays ou, à tout le moins, est en mesure d’entreprendre  toute  démarche  nécessaire  auprès  de  la  représentation  de  son  pays  d’origine en vue de l’obtention de documents de voyage lui permettant de  quitter  la  Suisse.  L’exécution  du  renvoi  ne  se  heurte  donc  pas  à  des  obstacles  insurmontables  d’ordre  technique  et  s’avère  également  possible,  au  sens  de  l'art.  83  al.  2  LEtr  (cf.  ATAF  2008/34  consid.  12  p. 513­515).  10.  Il  s’ensuit  que  le  recours,  en  tant qu’il  conteste  la décision de  renvoi  et  son exécution, doit être également rejeté. 11.  11.1.  Vu  l'issue  de  la  cause,  il  y  aurait  lieu  de  mettre  les  frais  de  procédure à la charge du recourant, conformément aux art. 63 al. 1 PA et  2 e 3 let. b du règlement du 21 février 2008 concernant les frais, dépens  et  indemnités  fixés  par  le  Tribunal  administratif  fédéral  (FITAF,  RS  173.320.2). 11.2. Celui­ci a toutefois demandé à en être dispensé, en raison de son  indigence.  Dès  lors  que  celle­ci  a  été  établie  par  pièce  et  que  les  conclusions  du  recours  ne  pouvaient  pas  être  considérées  comme, 

E­4870/2008 Page 18 d'emblée,  vouées  à  l'échec,  la  demande  d'assistance  judiciaire  partielle  doit être admise (cf. art. 65 al. 1 PA). En conséquence, il est renoncé à la  perception de frais de procédure. (dispositif page suivante)  

E­4870/2008 Page 19 Par ces motifs, le Tribunal administratif fédéral prononce : 1.  Le recours est rejeté. 2.  La requête d’assistance judiciaire partielle est admise. 3.  Il n'est pas perçu de frais. 4.  Le  présent  arrêt  est  adressé  au  recourant,  à  l’ODM  et  à  l’autorité  cantonale compétente. Le président du collège : La greffière : Jean­Pierre Monnet Isabelle Fournier Expédition :

E-4870/2008 — Bundesverwaltungsgericht 01.12.2011 E-4870/2008 — Swissrulings