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Bundesverwaltungsgericht 29.08.2011 E-3815/2011

29. August 2011·Français·CH·CH_BVGE·PDF·790 Wörter·~4 min·1

Zusammenfassung

Asile (divers) | Révision ; arrêt du Tribunal administratif fédéral du 19 avril 2011

Volltext

Bundesve rwa l t ungsge r i ch t T r i buna l   adm in istratif   f édé ra l T r i buna l e   ammin istrati vo   f ede ra l e T r i buna l   adm in istrativ   f ede ra l Cour V E­3815/2011 Arrêt   d u   2 9   a oû t   2011 Composition François Badoud (président du collège),  Gérald Bovier, Kurt Gysi, juges, Antoine Willa, greffier. Parties A._______, né le (…), son épouse  B._______, née le (…) et leurs enfants C._______, née le (…) et D._______, née le (…), Arménie, représentés par Elisa ­ Asile, Assistance juridique, (…), requérants,  contre Office fédéral des migrations (ODM), Quellenweg 6, 3003 Berne, autorité inférieure.  Objet Révision ; arrêt du Tribunal administratif fédéral du 19 avril 2011 / (…).

E­3815/2011 Page 2 Faits : A.  A._______ et son épouse B._______ ont déposé une demande d’asile en  Suisse, le 7 janvier 2008. Ils avaient alors expliqué que l'époux, employé  au  Parlement  arménien,  avait  été  exposé  aux  pressions  de  plusieurs  groupes politiques et factions, qui exigeaient de lui qu'il agisse dans leur  intérêt. Il aurait été physiquement agressé en trois occasions ;  lors de la  dernière,  sa  femme  aurait  été  frappée  et  aurait  perdu  l'enfant  qu'elle  portait. B.  Par  décision  du  3  novembre  2008,  l’ODM  a  rejeté  cette  demande  et  prononcé  le  renvoi  de  Suisse  des  requérants,  vu  l'invraisemblance  des  motifs soulevés. Interjetant  recours,  le  2  décembre  2008,  les  intéressés  ont  fait  valoir,  entre  autres  arguments,  leur  mauvais  état  de  santé.  L'épouse  a  ainsi  produit  plusieurs  rapports,  qui  posaient  le  diagnostic  de  syndrome  de  stress post­traumatique (PTSD), d'épisode dépressif majeur et d'anxiété,  retenant  également  la  présence  de  plusieurs  atteintes  physiologiques  (céphalées,  asthme  et  nausées)  ;  elle  faisait  en  outre  l'objet  d'un  suivi  psychothérapeutique et médicamenteux. Un  risque suicidaire existait  en  cas  de  retour.  Quant  au  mari,  il  souffrait  d'obésité,  de  tabagisme  et  d'anxiété chronique. Le recours a été rejeté par le Tribunal administratif fédéral (le Tribunal) en  date  du  19  avril  2011,  en  raison  du  manque  de  crédibilité  et  des  contradictions du récit ; s'agissant du caractère raisonnablement exigible  de  l'exécution  du  renvoi,  il  admettait  que  dans  le  cas  d'espèce,  les  recourants  pouvaient  accéder  au  traitement  qui  leur  était  nécessaire,  grâce à leur important réseau social et familial, et ce malgré les lacunes  de la prise en charge des malades et le mauvais état des infrastructures  médicales en Arménie. C.  Par  acte  du  4  juillet  2011  intitulé  "demande  de  réexamen",  adressé  à  l'ODM, et transmis le lendemain au Tribunal par cette autorité en tant que  demande  de  révision,  les  requérants  ont  conclu  au  prononcé  de  l'admission provisoire ; ils ont requis l'assistance judiciaire partielle.

E­3815/2011 Page 3 Les  requérants  ont  fait  valoir  que  A._______,  en  raison  de  son  état  psychique  perturbé,  n'avait  pas  été  en  mesure  de  décrire  de  manière  assez  précise  ses motifs  d'asile,  principalement  les  agressions  subies  ;  cet  élément  nouveau  était  selon  eux  de  nature  à  remettre  en  cause  l'invraisemblance de ses dires, telles que retenue en procédure ordinaire,  et donc à en faire admettre la crédibilité. Selon le rapport médical du 6 juin 2011, déposé à l'appui, l'évocation par  le requérant des traumatismes vécus était difficile, vu  l'émotion que cela  suscitait chez  lui  ; ce qui pouvait donc expliquer que sa description des  faits  ait  péché  par  manque  de  cohérence  et  de  précision.  L'intéressé  souffrait  d'un PTSD,  d'un état  dépressif  et  de  troubles anxieux massifs,  en voie d'aggravation ; son état de santé l'exposait à un risque majeur en  cas de retour dans son pays d'origine. Les requérants ont également produit plusieurs rapports médicaux relatifs  à l'état de l'épouse, datés de mai et juin 2011. De manière synthétique, il  en ressortait qu'B._______ manifestait les signes d'un PTSD et d'un état  dépressif sévère avec symptômes psychotiques. Son état s'étant aggravé  à la suite du rejet de sa demande, elle avait été hospitalisée en urgence  et faisait l'objet d'un suivi psychothérapeutique. D.  Par décision incidente du 11 juillet 2011, le Tribunal a admis que le seul  motif de révision valablement soulevé était celui concernant la supposée  incapacité de A._______ à  faire état des atteintes qu'il avait subies  ; dit  motif  étant  prima  facie  manifestement  infondé,  la  requête  d'assistance  judiciaire partielle a été rejetée. Par  lettre  du  25  juillet  2011,  A._______  a  réitéré  ses motifs.  Le  2 août  suivant,  les  intéressés  ont  déposé  plusieurs  documents  relatifs  à  la  difficulté  pratique  de  recevoir  en  Arménie  les  soins  qui  leur  étaient  nécessaires.

E­3815/2011 Page 4 Droit 1.  1.1.  La  procédure  devant  le  Tribunal  est  régie  par  la  loi  fédérale  du  20 décembre  1968  sur  la  procédure  administrative  (PA,  RS  172.021),  pour autant que la loi du 17 juin 2005 sur le Tribunal administratif fédéral  (LTAF, RS 173.32) n’en dispose pas autrement (cf. art. 37 LTAF). Selon  l’art. 45 LTAF,  les art. 121 à 128 de  la  loi du 17  juin 2005 sur  le  Tribunal fédéral (LTF, RS 173.110) s’appliquent par analogie à la révision  des arrêts du Tribunal. 1.2. Ayant fait l’objet de l'arrêt mis en cause par la présente demande de  révision, le requérant a qualité pour agir. Présentée dans la forme (cf. art.  67 al. 3 PA, applicable par  renvoi de  l’art. 47 LTAF) prescrite par  la  loi,  ladite demande est recevable. 2.  Aux  termes de  l’art. 123 al. 2  let. a LTF,  le Tribunal est compétent pour  statuer  sur  une  demande  de  révision  dirigée  contre  un  de  ses  propres  arrêts  notamment  si  le  requérant  découvre  après  coup  des  faits  pertinents  ou  des  moyens  de  preuve  concluants  qu’il  n’avait  pas  pu  invoquer dans la procédure précédente, à l’exclusion des faits ou moyens  de preuve postérieurs à l’arrêt.  3.  3.1. Selon  la  jurisprudence,  les moyens de preuves évoqués à  l'art. 123  al. 2 let. a LTF doivent servir à prouver soit les faits nouveaux importants  qui motivent la révision, soit des faits qui étaient certes connus lors de la  procédure  précédente,  mais  qui  n'avaient  pas  pu  être  prouvés,  au  détriment du requérant. Si  les  nouveaux  moyens  sont  destinés  à  prouver  des  faits  allégués  antérieurement,  le  requérant  doit  démontrer  qu'il  ne  pouvait  pas  les  invoquer  dans  la  procédure  précédente  (cf.  PIERRE  FERRARI,  in :  Commentaire  de  la  LTF,  Berne  2009,  n° 18  ad  art.  123  LTF).  Cela  implique  aussi  qu'il  doit  avoir  fait  preuve  de  toute  la  diligence  que  l'on  peut exiger de  lui. Celle­ci  fera en particulier défaut  si  la découverte du  fait ou du moyen de preuve est  le  fruit de recherches qui auraient pu et 

E­3815/2011 Page 5 dû  être  effectuées  plus  tôt  (cf.  arrêt  du  Tribunal  fédéral  9F_2/2010  du  27 mai 2010, consid. 1 et la référence). Le  moyen  de  preuve  est  considéré  comme  concluant  lorsqu'il  faut  admettre  qu'il  aurait  conduit  le  juge  à  statuer  autrement  s'il  en  avait  eu  connaissance dans la procédure principale. Ce qui est décisif, c'est que le  moyen  de  preuve  n'a  pas  pour  but  de  provoquer  une  nouvelle  appréciation des faits connus, mais bien d'établir ces derniers (cf. arrêt du  Tribunal fédéral 4A_144/2010 du 28 septembre 2010, consid. 2.1.2 et les  renvois).  La  voie  de  la  révision  ne  permet  pas  de  rediscuter  l'argumentation  juridique  contenue  dans  l'arrêt  dont  la  révision  est  demandée  (cf.  arrêt  du  Tribunal  fédéral  6B_1062/2009  du  3  novembre  2010, consid. 5.1.1 ; ATAF 2007/21 consid. 7.2 et 8.1 ; JICRA 2003 n° 17  consid.  2b,  Jurisprudence  et  informations  de  la  Commission  suisse  de  recours en matière d’asile [JICRA] 1993 n° 18 consid. 2a et 3a et JICRA  1993 n° 4 consid. 5). 3.2. En  l'espèce,  il n'est pas assuré que  la demande de  révision ait été  déposée dans le délai légal de 90 jours suivant la découverte du motif de  révision (art. 124 let. d LTF), soit en l'espèce l'état psychique perturbé du  requérant. On peut considérer que le dies a quo est logiquement celui où l'intéressé  a pour la première fois consulté un thérapeute, date qui reste inconnue. Il  pourrait  être  également  soutenu  que  ce motif  était  connu  dès  la  fin  de  l'instruction menée par l'ODM, soit après la tenue des dernières auditions  des  intéressés,  en octobre 2008, auquel  cas  la demande serait  tardive.  Vu ce qui suit, cette question peut toutefois être laissée ouverte. 3.3. En effet, comme déjà retenu dans  la décision  incidente du 11  juillet  2011,  il  incombait  à  l'intéressé,  même  avant  toute  consultation  d'un  médecin, de  faire état,  le plus rapidement possible, des obstacles ayant  pu l'empêcher de s'exprimer avec toute la clarté et l'exhaustivité requises  ; deux ans et demi se sont écoulés entre la tenue de sa dernière audition  et  le  rejet  définitif  de  sa  demande,  délai  largement  suffisant  pour  faire  valoir  de  tels arguments,  ce d'autant plus que  la décision de  l'ODM, du  3 novembre 2008, avait déjà constaté le caractère vague et décousu des  dires  du  requérant.  Dès  ce  moment  au  plus  tard,  il  devait  donc  avoir  conscience qu'il n'avait pas été en mesure de s'expliquer clairement.

E­3815/2011 Page 6 L'intéressé tente certes de justifier sa carence en arguant que son état de  choc l'avait empêché de faire un récit complet. Le rapport médical produit  ne  permet  cependant  pas  d'admettre  cette  thèse  :  l'état  du  requérant  aurait  certes  nui  à  la  précision  de  son  récit, mais  ne  l'aurait  pas  rendu  incapable de décrire les événements vécus ; ce ne sont donc pas ceux­ci  que  l'intéressé  aurait  été  contraint  de  passer  sous  silence,  mais  l'existence  même  d'un  état  psychique  perturbé.  Le  Tribunal  ne  voit  cependant  aucune  raison  convaincante  à  une  telle  incapacité.  La  jurisprudence à laquelle le requérant se réfère (JICRA 1998 n° 4 p. 24ss)  ne peut donc trouver application en l'espèce. 3.4. En conséquence,  le motif de révision soulevé n'est pas pertinent,  le  requérant  ayant  fautivement  négligé d'en  faire état  lors de  la procédure  ordinaire ; la demande est dès lors rejetée. 4.  Les autres arguments de la demande, relatifs à l'aggravation de l'état de  santé des requérants, se réfèrent à des faits postérieurs à la clôture de la  procédure  ordinaire  ;  ils  ne  peuvent  donc  être  examinés  dans  le  cadre  d'une demande de révision. Dès lors, il appartiendra à l'ODM de se prononcer, en statuant par la voie  du  réexamen.  C'est  par  la  jurisprudence  que  cette  voie  de  droit  extraordinaire  a  été  déduite  de  l'art.  66  PA,  qui  prévoit  le  droit  de  demander la révision des décisions, et de l'art. 4 aCst., actuellement l'art.  29 al. 1 et 2 de  la constitution  fédérale du 18 avril 1999 (Cst., RS 101).  Elle  est  applicable  lorsque  le  requérant  se  prévaut  d'un  changement  notable de circonstances depuis le prononcé de la décision matérielle de  première instance. L'ODM  statuera  donc  par  cette  voie  sur  les  conséquences  de  l'aggravation  de  l'état  des  requérants,  ainsi  que  sur  la  compatibilité  de  l'exécution du renvoi, dans ce nouveau contexte, avec les possibilités de  traitement ouvertes aux intéressés en Arménie. 5.  Il y a  lieu de mettre  les  frais de procédure à  la charge du requérant  (cf.  art.  63  al.  1  PA  et  art.  2  et  3  let.  a  du  règlement  du  21  février  2008  concernant  les  frais,  dépens  et  indemnités  fixés  par  le  Tribunal  administratif fédéral [FITAF, RS 173.320.2]).

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E­3815/2011 Page 8 Pour ces motifs le Tribunal administratif fédéral prononce : 1.  La demande de révision est rejetée dans la mesure où elle est recevable. 2.  La  requête  est  retournée  à  l'ODM  pour  décision  sur  les  motifs  de  réexamen soulevés. 3.  Les frais de procédure d’un montant de Fr. 1200.­, sont mis à  la charge  du requérant. Ce montant est compensé par l'avance de frais du 22 juillet  2011. 4.  Le  présent  arrêt  est  adressé  au  requérant,  à  l'ODM  et  à  l'autorité  cantonale compétente. Le président du collège : Le greffier : François Badoud Antoine Willa Expédition :

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