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Bundesverwaltungsgericht 31.10.2011 D-553/2007

31. Oktober 2011·Français·CH·CH_BVGE·PDF·1,719 Wörter·~9 min·3

Zusammenfassung

Asile et renvoi | la décision du 10 janvier 2007 en matière d'asile, de renvoi et d'exécution du renvoi

Volltext

Bundesve rwa l t ungsge r i ch t T r i buna l   adm in istratif   f édé ra l T r i buna l e   ammin istrati vo   f ede ra l e T r i buna l   adm in istrativ   f ede ra l     Cour IV D­553/2007 Arrêt   d u   3 1   octobre   2011 Composition Gérard Scherrer (président du collège), Emilia Antonioni, Bendicht Tellenbach, juges, William Waeber, greffier. Parties A._______, née le […], agissant pour elle et son enfant  B._______, née le […], Bosnie et Herzégovine, recourante, contre Office fédéral des migrations (ODM), Quellenweg 6, 3003 Berne, autorité inférieure.  Objet Asile et renvoi; décision de l'ODM du 10 janvier 2007 / […].

D­553/2007 Page 2 Faits : A.  Le 11 mai 2004, A._______ a déposé une demande d'asile en Suisse. Entendue le 14 mai 2004, la requérante a déclaré qu'elle était bosniaque,  musulmane,  originaire  de  […]  et  dernièrement  domiciliée  à  […],  en  Fédération croato­musulmane. Elle a allégué être venue en Suisse pour  rejoindre son fiancé, dont elle avait fait la connaissance "par téléphone et  par  photo",  alors  qu'elle  se  trouvait  dans  son  pays,  et  pour  éviter  de  devoir  retourner dans sa  région d'origine. Elle a en outre  fait état de ce  qu'elle avait été victime de  la guerre et qu'affaiblie par  les conditions de  vie  inhumaines  et  les  humiliations  subies,  elle  souffrait  de  problèmes  psychiques. B.  Par  courriers  datés  du  16  mai  2004,  les  futurs  beaux­frères  et  belles­ sœurs  de  l'intéressée  sont  intervenus  auprès  des  autorités Suisse,  leur  demandant de laisser celle­ci vivre auprès de son fiancé, C._______. Le mariage entre A._______ et C._______ a  été  prononcé,  selon  la  loi  islamique, le […]. C.  Le  8  juin  2004,  A._______  a  une  nouvelle  fois  été  entendue  sur  ses  motifs d'asile. Elle a en substance confirmé ses premières allégations. D.  Le  26  novembre  2004,  l'intéressée  a  versé  au  dossier  une  déclaration  datée du 7 septembre 2004 aux  termes de  laquelle elle  revenait sur  les  déclarations  faites  précédemment,  prétendant  avoir  été  contrainte  de  mentir. Elle a affirmé qu'en réalité, elle était tombée, en février 2001, dans  un  réseau  de  proxénétisme.  Battue,  violée  et  menacée  de  mort,  elle  aurait été  forcée à se  livrer à  la prostitution durant plus de trois ans. En  février 2004, elle serait  tombée malade et n'aurait plus pu satisfaire aux  exigences  de  son  activité.  Elle  aurait  alors  été  contrainte  d'accepter  un  mariage avec un compatriote qu'elle ne connaissait pas, désigné par son  "patron".  Arrivée  en Suisse  dans  ce  but,  en  avril  2004,  elle  aurait  ainsi  rencontré  le  dénommé  C._______,  au  bénéfice  selon  elle  d'une  autorisation de séjour dans  le pays. Celui­ci, s'alcoolisant régulièrement,  aurait eu à son égard des comportements très agressifs et insultants. Il lui  aurait notamment reproché le prix élevé qu'il avait dû payer pour elle. Sa  vie conjugale devenant  insupportable, A._______ aurait quitté son  foyer 

D­553/2007 Page 3 et pu, grâce au soutien de son assistant social, se libérer de l'emprise de  son conjoint. E.  Le  […],  l'intéressée  s'est mariée  à  […],  selon  le  droit  civil  suisse,  avec  C._______. F.  Le 19 octobre 2005, A._______ a mis au monde sa fille, prénommée […]. G.  Entendue  le  6  décembre  2005  sur  les  motifs  d'asile  nouvellement  invoqués,  A._______  a  en  substance  confirmé  le  contenu  de  sa  déclaration  du  7  septembre  2004.  Elle  a  relaté  sa  peur  de  devoir  retourner en Bosnie et Herzégovine et d'y être confrontée à son ancienne  existence,  ainsi  qu'à  ses  tortionnaires,  lesquels  avaient  proféré  à  son  encontre  de  graves menaces.  Elle  a  exposé  que  son mari  se montrait  attentionné  envers  elle  depuis  la  naissance  de  leur  fille,  mentionnant  cependant sa crainte qu'il apprenne son passé et s'en aille de ce fait avec  leur  enfant.  Elle  a  enfin  indiqué  qu'elle  n'avait  plus  de  contact  avec  sa  famille au pays. H.  Le 2 mai 2006, l'intéressée a été entendue dans une audition au sens de  l'art. 41  loi sur  l'asile du 26 juin 1998 (LAsi, RS 142.31). Elle a confirmé  une  nouvelle  fois  ses  motifs  d'asile,  faisant  en  particulier  état  de  l'importante  pression  psychologique  qu'elle  ressentait  du  fait  de  sa  situation. I.  Par  décision  du  10  janvier  2007,  l'ODM a  rejeté  la  demande  d'asile  de  A._______ en raison du manque de pertinence des motifs invoqués. Il a  considéré en effet que les préjudices prétendument subis n'avaient été ni  infligés  ni  tolérés  par  les  autorités  bosniaques,  auxquelles  il  ne  pouvait  être reproché de manquement. L'ODM a en outre prononcé le renvoi de  Suisse de l'intéressée et a ordonné l'exécution de cette mesure, mettant  en  doute  l'existence  des  faits  allégués.  Il  a  notamment  relevé  que  l'intéressée  s'était  contredite  en  affirmant,  dans  sa  déclaration  du  7 septembre 2004, qu'elle avait été forcée à se prostituer de février 2001  à avril 2004, donc sur une période de plus de trois ans, pour déclarer lors  de  l'audition du 2 mai  2006 ne  l'avoir  été que sur une période de deux  ans, soit du début de l'année 2001 jusqu'en 2003. L'autorité de première 

D­553/2007 Page 4 instance  a  également  estimé  que  les  dires  de  A._______  avaient  été  divergents en ce qui concerne  les circonstances de sa  "rencontre" avec  son mari, alléguant, lors l'audition du 14 mai 2004, avoir connu celui­ci au  travers  d'échanges  de  photographies,  d'appels  téléphoniques  ou  de  messages, puis mentionnant, au cours de l'audition du 6 décembre 2005,  l'avoir rencontré par le biais de son proxénète. L'ODM a enfin affirmé que  l'intéressée disposait d'un réseau familial au pays et a souligné que son  mari avait fait le choix d'y retourner volontairement, le […]. J.  Le  18  janvier  2007,  A._______  a  recouru  contre  cette  décision.  Elle  a  rappelé avoir été victime d'un réseau de prostitution et de traite, ce dans  un Etat qui constituait une plaque  tournante du  trafic d'êtres humains et  dont les autorités n'étaient pas à même d'offrir une protection efficace aux  personnes  qui  en  étaient  l'objet.  Elle  a  prétendu  craindre,  en  cas  de  retour,  les  personnes  qui  l'avaient  exploitée.  Elle  a  fait  valoir  que  cette  crainte était pertinente en matière d'asile, du fait qu'elle était visée en tant  que  femme, soit un groupe social déterminé. Elle s'est prévalu en outre  de  l'existence  de  raisons  impérieuses,  lui  étant  impossible,  au  vu  des  préjudices subis, d'envisager un retour en Bosnie et Herzégovine. Elle a  expliqué  être  atteinte  dans  sa  santé  psychique,  produisant  à  l'appui  de  ses  dires  un  rapport  médical  daté  du  17 janvier 2007  posant  les  diagnostics  d'état  de  stress  post­traumatique,  voire  de  modification  durable  de  la  personnalité  après  une  expérience  de  catastrophe,  d'épisode dépressif sévère avec symptômes psychotiques, de "solitude et  d'autres  difficultés  liées  à  l'entourage  immédiat,  y  compris  la  situation  familiale".  A._______  a  soutenu  enfin  que  ses  déclarations  étaient  vraisemblables. Elle a conclu à l'octroi de l'asile et à l'inexécution de son  renvoi.  Elle  a  demandé  par  ailleurs  à  être  mise  au  bénéfice  de  l'assistance judiciaire partielle. K.  Par décision incidente du 8 février 2007, le juge instructeur a admis cette  demande. L.  Le 29  janvier 2010,  l'intéressée a  fait valoir qu'elle se  trouvait dans une  situation de grande vulnérabilité, car son mari, revenu en Suisse, s'était à  nouveau  installé  chez  elle  et  l'empêchait  de  poursuivre  son  traitement  médical. Elle  a  également  expliqué qu'elle  avait  été  l'objet  de  violences  conjugales répétées qui l'avaient contrainte par deux fois à trouver refuge 

D­553/2007 Page 5 dans  le  centre  d'accueil  […],  institution  hébergeant  notamment  les  femmes victimes de telles violences. A  l'appui  de  ses  déclarations,  A._______  a  produit  un  rapport  médical  daté du 22  janvier 2010, dans  lequel sa thérapeute  indique l'avoir suivie  de septembre 2006 à avril 2009 et confirme le contenu du rapport établi  précédemment. Ce document mentionne notamment qu'en avril 2009,  le  retour  du  mari  de  l'intéressée  a  provoqué  de  nouveaux  symptômes  dépressifs et traumatiques. A._______ disait à ce moment avoir très peur  de la violence verbale, psychologique et physique de son époux et avait  dû se réfugier au centre […], indiquant avoir été séquestrée par son mari. La requérante a fourni une attestation de ce centre, selon laquelle elle y a  séjourné avec son enfant du […] au […] et du […] au […]. M.  Invité à se prononcer sur le recours, l'ODM en a proposé le rejet, en date  du  15  février  2010.  Il  a  considéré  notamment  que  la  Bosnie  et  Herzégovine avait accompli des efforts significatifs et réalisé des progrès  dans  la  lutte  contre  le  trafic  d'êtres  humains,  même  si  des  lacunes  existaient encore, et que des organisations nationales et  internationales  auxquelles les victimes pouvaient s'adresser s'y étaient créées. Il a relevé  également  la  présence d'institutions  auxquelles  les  femmes  victimes de  violences conjugales pouvaient faire appel au besoin. N.  Le  3  mars  2010,  la  recourante  a  contesté  l'appréciation  actualisée  de  l'ODM, affirmant que rien ne lui garantissait dans son pays une protection  effective  des  autorités.  Elle  s'est  prévalue  une  fois  encore  de  raisons  impérieuses et  a  fait  valoir  qu'en  tout  état  de  cause,  l'exécution de  son  renvoi était illicite ou inexigible du fait de sa situation conjugale et de son  état de santé psychique. O.  Les autres  faits  importants de  la  cause seront examinés,  si  nécessaire,  dans les considérants qui suivent. Droit : 1. 

D­553/2007 Page 6 1.1. Le Tribunal administratif fédéral (le Tribunal), en vertu de l’art. 31 de  la  loi  du  17  juin  2005  sur  le  Tribunal  administratif  fédéral  (LTAF,  RS  173.32), connaît des recours contre les décisions au sens de l’art. 5 de la  loi  fédérale  du  20  décembre  1968  sur  la  procédure  administrative  (PA,  RS 172.021) prises par les autorités mentionnées à l’art. 33 LTAF. 1.2.  En  particulier,  les  décisions  rendues  par  l’ODM  concernant  l’asile  peuvent être contestées, par renvoi de l’art. 105 LAsi, devant le Tribunal,  lequel,  sauf  l'exception  visée  à  l'art.  83  let.  d  ch.  1  de  la  loi  du  17 juin 2005 sur le Tribunal fédéral [LTF, RS 173.110] et non réalisée en  l'espèce, statue définitivement. 1.3. La recourante a qualité pour recourir (cf. art. 48 al. 1 PA). Présenté  dans  la  forme  et  le  délai  prescrits  par  la  loi,  le  recours  est  recevable  (cf. art. 50 al. 1 et 52 al. 1 PA). 2.  2.1. Sont des réfugiés les personnes qui, dans leur Etat d’origine ou dans  le pays de leur dernière résidence, sont exposées à de sérieux préjudices  ou craignent à juste titre de l’être en raison de leur race, de leur religion,  de leur nationalité, de leur appartenance à un groupe social déterminé ou  de  leurs  opinions  politiques.  Sont  notamment  considérées  comme  de  sérieux préjudices la mise en danger de la vie, de l’intégrité corporelle ou  de  la  liberté,  de  même  que  les  mesures  qui  entraînent  une  pression  psychique  insupportable.  Il  y  a  lieu  de  tenir  compte  des motifs  de  fuite  spécifiques aux femmes (art. 3 al. 1 et 2 LAsi). Quiconque demande  l’asile  (recourant) doit prouver ou du moins  rendre  vraisemblable qu’il est un réfugié. La qualité de réfugié est vraisemblable  lorsque l’autorité estime que celle­ci est hautement probable. Ne sont pas  vraisemblables notamment  les allégations qui, sur des points essentiels,  ne  sont  pas  suffisamment  fondées,  qui  sont  contradictoires,  qui  ne  correspondent pas aux faits ou qui reposent de manière déterminante sur  des moyens de preuve faux ou falsifiés (art. 7 LAsi). 3.  3.1. En  l'espèce,  l'ODM  a  considéré  que  l'intéressée  n'avait  pas  rendu  crédible  son  besoin  de  protection,  relevant,  dans  la  décision  attaquée,  quelques  invraisemblances  jalonnant son  récit. Le Tribunal  constate, de  son  côté,  que  ce  récit,  en  tant  qu'il  concerne  les  circonstances  dans 

D­553/2007 Page 7 lesquelles  la  recourante  a  été  contrainte  à  la  prostitution,  apparait  hautement probable. Les faits, à ce sujet, ont en effet été exposés avec  cohérence et  constance. De manière  spontanée, A._______ a  en outre  fait  part  de  nombreux  détails  de  son  vécu.  Elle  a,  à  titre  d'exemple,  expliqué  certains  fonctionnements  dans  l'organisation  du  travail  qui  lui  était  imposé. Elle  a  fait  état  de  la  rencontre  avec  un  client  qu'elle  avait  connu sous un autre  jour par  le passé. Elle a donné des chiffres précis  concernant  les  tarifs  pratiqués  et,  de  manière  inattendue,  a  donné  les  raisons qui justifiaient des distinctions dans l'application de ceux­ci. Elle a  toujours pu répondre, sans utiliser de procédés dilatoires, aux demandes  de  clarifications  des  auditeurs.  Les  événements  invoqués  sont,  par  ailleurs, corroborés par les informations générales relatives à la situation  en Bosnie et Herzégovine à l'époque de leur survenance et, compte tenu  des préjudices subis par A._______, il ne saurait lui être fait grief d'avoir,  dans un premier temps, refusé de les relater. En tant qu'elles portent sur  la  période  allant  de  2001  à  2003,  les  déclarations  de  la  recourante  satisfont ainsi aux exigences légales de vraisemblance. 3.2.  Les  faits  postérieurs  à  cette  période  et  les  circonstances  qui  ont  provoqué  le  départ  du  pays  de  l'intéressée  ne  sont  en  revanche  pas  crédibles. Comme exposé ci­dessus, A._______ est parvenue à livrer un  récit précis, étayé et constant de ses années de prostitution, malgré  les  préjudices  subis.  Dans  ce  contexte,  il  ne  s'explique  pas  qu'elle  se  soit  grossièrement  contredite  sur  la  durée  de  cette  période,  la  divergence  portant sur plus d'une année. Il ne s'explique surtout pas comment, dans  sa  dernière  version  des  faits,  elle  ait  pu  affirmer  avoir  arrêté  de  se  prostituer  en  2003  déjà,  soit  à  peu  près  une  année  avant  sa  venue  en  Suisse.  Ce  constat  laisse  à  penser  qu'avant  de  quitter  son  pays,  elle  n'était  plus,  depuis  longtemps  probablement,  sous  l'emprise  de  proxénètes.  La manière  dont  l'intéressée  a  fait  la  connaissance  de  son  futur  mari  est  en  outre  des  plus  vagues.  Celle­ci  a  parfois  clairement  allégué  qu'elle  avait  été  vendue,  sans  toutefois  pouvoir  exposer  les  conditions dans lesquelles son futur partenaire était entré en contact avec  son  "patron".  Elle  a,  en  bien  d'autres  occasions,  exposé  les  faits  de  manière à pouvoir conclure, à l'évidence, qu'elle était l'objet d'un mariage  arrangé par sa belle­famille, et non d'une vente. A aucun moment, elle n'a  pu  indiquer  comment  son  fiancé avait  entendu parler  de  son existence,  n'avançant  à  ce  sujet  que  des  suppositions,  peu  convaincantes.  Elle  a  notamment prétendu,  lors de sa dernière audition, que des membres de  sa belle­famille fréquentant  les prostituées l'avaient aperçue sur son lieu  de  travail,  sans  être  ses  clients,  imaginant  que  ces  personnes  avaient  peut­être ensuite parlé d'elle à son futur mari. Elles l'auraient toutefois fait 

D­553/2007 Page 8 sans révéler sa profession à C._______, puisque celui­ci était, selon ses  dires,  convaincu  qu'elle  était  vierge  au moment  où  elle  était  arrivée  en  Suisse. Une  telle  hypothèse  n'est  pas  plausible,  dans  la mesure  où  on  conçoit mal  la  famille  de  son mari  proposer  à  celui­ci  un mariage  avec  une  prostituée,  sans  le  mettre  au  courant  de  la  situation.  Il  n'est  par  ailleurs  guère  concevable  qu'après  plusieurs  années  de  vie  conjugale,  elle n'ait  pas obtenu d'informations de  la part de son mari à  ce propos.  L'hypothèse  d'une  vente  en  vue  d'un  mariage  est  également  sujette  à  caution dans la mesure où on imagine mal, dans un tel cas de figure, les  auteurs  d'un  trafic  d'êtres  humains  procéder  de  la  manière  décrite.  En  "envoyant" l'intéressée en Suisse, ceux­ci prenaient en effet le risque de  la voir se  libérer de  leur emprise et même de les dénoncer (ce qu'elle a  d'ailleurs presque fait).  Il semblait plus simple et  judicieux de célébrer et  de  faire  reconnaître  le mariage  en  Bosnie  et  Herzégovine,  plutôt  qu'en  Suisse, où  les démarches à entreprendre se  révélaient moins aisées et  laissaient  à  la  recourante  la  possibilité  de  s'y  opposer.  Enfin,  si  A._______ avait  été  vendue à un  inconnu, qui  la maltraitait  de surcroît,  elle  n'aurait  probablement  pas  épouser  cette  personne,  surtout  après  trouvé  le  courage  de  révéler  l'existence  de  la  traite  dont  elle  avait  été  victime  et  s'être  vue  offrir  un  soutien  lui  permettant  de  défendre  efficacement ses droits et de se protéger contre son agresseur. Dans  ces  conditions,  les  faits  allégués  par  l'intéressée  pour  justifier  sa  demande de protection ne sont pas vraisemblables. 3.3. Il s’ensuit que le recours, en tant qu’il conteste le refus de l’asile, doit  être rejeté. 4.  4.1. Lorsqu’il rejette la demande d’asile ou qu’il refuse d’entrer en matière  à ce sujet, l’ODM prononce, en règle générale, le renvoi de Suisse et en  ordonne  l’exécution;  il  tient  compte  du  principe  de  l’unité  de  la  famille  (art. 44  al.  1  LAsi).  Le  renvoi  ne  peut  être  prononcé,  selon  l’art.  32  de  l’ordonnance 1 du 11 août 1999 sur l’asile relative à la procédure (OA 1,  RS 142.311),  lorsque  le  recourant  d’asile  dispose  d’une  autorisation  de  séjour  ou  d’établissement  valable,  ou  qu’il  fait  l’objet  d’une  décision  d’extradition ou d’une décision de renvoi conformément à  l’art. 121 al. 2  de la Constitution fédérale du 18 avril 1999 (Cst., RS 101). Aucune  exception  à  la  règle  générale  du  renvoi  n’étant  en  l’occurrence  réalisée, le Tribunal est tenu, de par la loi, de confirmer cette mesure.

D­553/2007 Page 9 5.  5.1. L’exécution du renvoi est ordonnée si elle est licite, raisonnablement  exigible  et  possible  (art.  44  al.  2  LAsi).  Si  ces  conditions  ne  sont  pas  toutes  réunies,  l’admission  provisoire  doit  être  prononcée.  Celle­ci  est  alors  réglée  par  l’art.  84  de  la  loi  fédérale  sur  les  étrangers  du  16  décembre 2005 (LEtr, RS 142.20), entrée en vigueur le 1er  janvier 2008.  Cette  disposition  a  remplacé  l’art.  14a  de  l’ancienne  loi  fédérale  du  26  mars  1931  sur  le  séjour  et  l’établissement  des  étrangers  (LSEE).  En  l'espèce, c'est sur la question de l'exigibilité que le Tribunal entend porter  son examen.  5.2. Selon l’art. 83 al. 4 LEtr,  l’exécution de la décision peut ne pas être  raisonnablement exigée si le renvoi ou l’expulsion de l’étranger dans son  pays  d’origine  ou  de  provenance  le  met  concrètement  en  danger,  par  exemple en cas de guerre, de guerre civile, de violence généralisée ou  de  nécessité médicale. Cette  disposition  s’applique  en  premier  lieu  aux  « réfugiés de la violence », soit aux étrangers qui ne remplissent pas les  conditions  de  la  qualité  de  réfugié  parce  qu’ils  ne  sont  pas  personnellement persécutés, mais qui fuient des situations de guerre, de  guerre civile ou de violence généralisée, et ensuite aux personnes pour  qui  un  retour  reviendrait  à  les  mettre  concrètement  en  danger,  notamment parce qu’elles ne pourraient plus recevoir les soins dont elles  ont  besoin.  L’autorité  à  qui  incombe  la  décision  doit  donc  dans  chaque  cas confronter  les aspects humanitaires  liés à  la situation dans  laquelle  se  trouverait  l’étranger  concerné  dans  son  pays  après  l’exécution  du  renvoi à  l’intérêt public militant en  faveur de son éloignement de Suisse  (ATAF  2009/52  consid.  10.1,  ATAF  2008/34  consid.  11.2.2  et  ATAF  2007/10 consid. 5.1). 5.3. De façon générale, s'agissant des personnes en  traitement médical  en Suisse, l'exécution du renvoi ne devient inexigible que dans la mesure  où elles pourraient ne plus recevoir les soins essentiels garantissant des  conditions minimales d'existence; par soins essentiels, il faut entendre les  soins  de médecine  générale  et  d'urgence  absolument  nécessaires  à  la  garantie de la dignité humaine (cf. GABRIELLE STEFFEN, Droit aux soins et  rationnement, Berne 2002, p. 81 s. et 87). L'art. 83 al. 4 LEtr, disposition  exceptionnelle  tenant  en  échec  une  décision  d'exécution  du  renvoi,  ne  saurait en  revanche être  interprété comme une norme qui comprendrait  un droit de séjour lui­même induit par un droit général d'accès en Suisse  à des mesures médicales visant à recouvrer la santé ou à la maintenir, au  simple  motif  que  l'infrastructure  hospitalière  et  le  savoir­faire  médical 

D­553/2007 Page 10 dans  le  pays  d'origine  ou  de  destination  de  l'intéressé  n'atteint  pas  le  standard élevé qu'on trouve en Suisse (cf.  Jurisprudence et informations  de  la  Commission  suisse  de  recours  en  matière  d’asile  [JICRA]  1993  n°38 p. 274 s.). Si les soins essentiels nécessaires peuvent être assurés  dans  le  pays  d'origine  ou  de  provenance  de  l'étranger  concerné,  cas  échéant  avec  d'autres  médications  que  celles  prescrites  en  Suisse,  l'exécution  du  renvoi  dans  l'un  ou  l'autre  de  ces  pays  sera  raisonnablement exigible. Elle ne  le serait plus, au sens de  l'art. 83 al. 4  LEtr  si,  en  raison  de  l'absence  de  possibilités  de  traitement  effectives  dans  le  pays  d'origine,  l'état  de  santé  de  la  personne  concernée  se  dégraderait  très  rapidement,  au  point  de  conduire,  d'une  manière  certaine,  à  la  mise  en  danger  concrète  de  l'intégrité  physique  ou  psychique (cf. JICRA 2003 n° 24 p. 158). 5.4. En  l'occurrence,  il  ressort  des  rapports médicaux  détaillés  produits  que  l'intéressée  a  été  prise  en  charge  en  Suisse  sur  une  période  de  plusieurs années en  raison de  son affection psychique.  Les diagnostics  posés  (état  de  stress  post­traumatique,  voire modification  durable  de  la  personnalité  après  une  expérience  de  catastrophe,  épisode  dépressif  sévère  avec  symptômes  psychotiques)  sont manifestement  compatibles  avec les graves préjudices subis et s'expliquent aisément au vu de ceux­ ci.  Des  traitements  ont  été  mis  en  place,  que  la  recourante  a  eu  d'importantes  difficultés  à  suivre  en  raison  de  ses  pénibles  relations  conjugales. Les affections de  l'intéressée, même si elles sont sérieuses,  ne suffisent cependant pas encore à retenir que l'exécution du renvoi est  inexigible.  Les  soins  qui  lui  sont  nécessaires  peuvent  en  effet  être  dispensés en Bosnie et Herzégovine. A._______ doit cependant pouvoir  y  avoir  accès.  Elle  doit  surtout,  en  plus  de  ses  frais  de  traitements,  pouvoir assurer ses autres besoins vitaux et ceux de son enfant. Sur  ce  point,  il  convient  de  relever,  contrairement  à  l'ODM,  que  la  recourante ne pourra pas compter sur de réels soutiens dans son pays.  Ses déclarations  relatives aux  liens avec  les membres de sa  famille ont  été  constantes. Elle  a  ainsi  rompu,  il  y  a  de  nombreuses  années,  avec  ses  proches  restés  au  pays.  Ses  conditions  de  vie  n'ont  ensuite  assurément  pas  pu  lui  permettre  de  créer  un  réseau  susceptible  de  l'entourer à son  retour. Elle n'a pas pu non plus acquérir, dans quelque  domaine que ce soit, une expérience  lui permettant de trouver aisément  un  emploi.  Au  contraire,  son  passé  l'empêchera  probablement  de  se  réinstaller  dans des  conditions  satisfaisantes,  dans  la mesure où on ne  peut exiger d'elle qu'elle retourne dans la région où elle a été contrainte à  la  prostitution.  Le dossier  révèle en outre  que  son mari,  violent,  qui  est 

D­553/2007 Page 11 allé  jusqu'à  la  soustraire  aux  soins  prodigués  par  ses médecins,  ne  lui  sera probablement d'aucun soutien. En tant que femme, malade, avec un  enfant à charge, sans plus d'attaches et avec un passé qui ne pourra que  resurgir,  aggravant  à  l'évidence  sa  situation  médicale,  l’exécution  du  renvoi n'apparaît pas raisonnablement exigible actuellement. 6.  En  l'absence  de  motif  susceptible  de  justifier  une  application  de  l'art. 83 al. 7 LEtr, le recours, en tant qu'il concerne l'exécution du renvoi,  doit  ainsi  être  admis.  Partant,  les  chiffres  4  et  5  de  la  décision  du  10 janvier 2007 sont annulés et  l'ODM est  invité à prononcer  l'admission  provisoire de l'intéressée et de son enfant. 7.  7.1. Des  frais de procédure  réduits devraient être mis à  la charge de  la  recourante,  dont  les  conclusions  en  matière  d'asile  sont  rejetées  (cf. art. 63 al. 1 PA  et  2  et  3  let.  b  du  règlement  du  21  février  2008  concernant  les  frais,  dépens  et  indemnités  fixés  par  le  Tribunal  administratif  fédéral  [FITAF,  RS  173.320.2]).  Sa  demande  d'assistance  judiciaire  partielle  ayant  été  admise,  il  est  toutefois  renoncé  à  la  perception de ces frais. 7.2.  Conformément  à  l'art.  7  al.  1  FITAF,  la  recourante,  qui  a  eu  partiellement gain de cause, a droit à des dépens réduits. Leur montant  est déterminé sur la base des art. 8 ss FITAF. En l'absence de relevé de  prestations de la part du mandataire, le Tribunal fixe l'indemnité due à ce  titre à Fr. 600.­, TVA comprise.  (dispositif page suivante)

D­553/2007 Page 12 Par ces motifs, le Tribunal administratif fédéral prononce : 1.  En tant qu'il porte sur la question de l'asile et du renvoi dans son principe,  le recours est rejeté. 2.  En tant qu'il porte sur la question de l'exécution du renvoi, le recours est  admis.  Les  chiffres  4  et  5  du  dispositif  de  la  décision  de  l'ODM  du  10 janvier 2007  sont  annulés  et  dit  office  invité  à  prononcer  l'admission  provisoire de la recourante et de son enfant. 3.  Il n'est pas perçu de frais. 4.  L'ODM est invité à verser à la recourante le montant de CHF 600.­ à titre  de dépens. 5.  Le  présent  arrêt  est  adressé  à  la  recourante,  à  l'ODM  et  à  l'autorité  cantonale compétente. Le président du collège : Le greffier : Gérard Scherrer William Waeber Expédition :

D-553/2007 — Bundesverwaltungsgericht 31.10.2011 D-553/2007 — Swissrulings