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Bundesverwaltungsgericht 28.02.2012 D-4946/2009

28. Februar 2012·Français·CH·CH_BVGE·PDF·1,948 Wörter·~10 min·2

Zusammenfassung

Asile et renvoi | Asile et renvoi; décision de l'ODM du 8 juillet 2009

Volltext

Bundesve rwa l t ungsge r i ch t T r i buna l   adm in istratif   f édé ra l T r i buna l e   ammin istrati vo   f ede ra l e T r i buna l   adm in istrativ   f ede ra l Cour IV D­4946/2009 Arrêt   d u   2 8   février   2012 Composition Gérard Scherrer (président du collège), Jenny de Coulon Scuntaro, Hans Schürch, juges ; Yves Beck, greffier. Parties A._______, né le (…), Serbie,  recourant,  contre Office fédéral des migrations (ODM), Quellenweg 6,  3003 Berne,   autorité inférieure.  Objet Asile et renvoi ; décision de l'ODM du 8 juillet 2009 /  (…).

D­4946/2009 Page 2 Faits : A.  Le 25 mai 2009, A._______, d'ethnie  rom, en provenance de  la ville de  Z._______ (province de la Voïvodine), est entrée en Suisse et a déposé  une demande d'asile au centre d'enregistrement et de procédure  (CEP)  de Vallorbe. Il était accompagné de son père, de sa mère et de son frère  cadet  (dossier  ODM  […] ;  arrêt  du  Tribunal  administratif  fédéral  D­4945/2009),  ainsi  que  de  sa  sœur  et  de  l'enfant  de  celle­ci  (dossier  ODM […] ; arrêt du Tribunal administratif fédéral D­4944/2006). B.  Entendu  sommairement,  le  28 mai  2009,  puis  sur  ses motifs  d'asile,  le  9 juin  suivant,  il  a  déclaré  qu'en  2003,  il  était  retourné  avec  sa  famille  habiter Z._______ après le refus définitif de la demande d'asile déposée  en (pays) par ses parents. Le vendredi soir 17 avril 2009, l'intéressé, son  père et son frère seraient partis à Novi Sad pour vendre leur marchandise  au marché. A leur retour le lendemain après­midi, la mère et la sœur de  l'intéressé auraient raconté, en pleurs, qu'elles avaient été violées durant  la nuit par quatre Serbes élégants à  leur  recherche dont  le "but était de  nettoyer  la  Serbie  de  l'espèce  tzigane",  et  qu'elles  avaient  ensuite  immédiatement  téléphoné  à  la  police,  dont  trois  ou  quatre  de  ses  membres  s'étaient  déplacés  aux  environs  de  10  heures  du  matin  et  avaient pris quelques notes. De la description donnée des agresseurs, le  recourant  aurait  conclu,  toutefois  sans  certitude,  que  ceux­ci  étaient  les  mêmes  personnes  que  celles  qui  l'avaient  agressé,  lui mais  également  son père et son frère, cinq jours auparavant, et qui  leur avaient ordonné  de quitter le pays. A._______ a également mentionné que son origine ethnique rom lui avait  valu  d'être  régulièrement  insulté  et  provoqué  par  des  Serbes,  qui  l'auraient  traité de tzigane et qui  lui auraient craché dessus.  Il aurait par  ailleurs été agressé physiquement à deux reprises, en mai 2009. Par  crainte  pour  sa  sécurité,  le  recourant  aurait  quitté  le  pays  avec  sa  famille, le 24 mai 2009, après la vente de la maison familiale. Il a déposé un rapport médical établi à Z._______ le 23 août 2008 faisant  état problèmes gastriques.

D­4946/2009 Page 3 C.  Par décision du 8 juillet 2009, l'ODM, tout en laissant indécise la question  de la vraisemblance des préjudices allégués, a rejeté la demande d'asile  de l'intéressé en raison du manque de pertinence, au sens de l'art. 3 de  la  loi  sur  l'asile du 26 juin 1998  (LAsi, RS 142.31), des  faits allégués, a  prononcé son renvoi de Suisse et a ordonné l'exécution de cette mesure.  Il  a  relevé  que  la  situation  des minorités  ethniques  s'était  améliorée  en  Serbie, pays dans lequel une loi – entrée en vigueur le 25 février 2002 –  pour  la  protection  et  la  liberté  des  minorités  nationales,  d'une  part,  garantissait à celles­ci une formation scolaire et l'obtention d'informations  dans leur  langue maternelle et, d'autre part, prévoyait  l'introduction dans  les  services  publics  d'un  quota  d'employés  issus  des  minorités  nationales. Cet  office  a  également  estimé  que  les  persécutions  isolées,  les  tracasseries  et  les  discriminations  dont  les  Roms  pouvaient  être  occasionnellement  victimes,  non  seulement  n'atteignaient  pas  une  intensité suffisante pour être pertinentes en matière d'asile, mais encore  n'étaient ni  tolérées ni soutenues par  l'Etat. Ainsi,  les agressions que  le  requérant  avait  personnellement  subies  constituaient,  en  Serbie  également,  des  infractions  qui,  sur  dépôt  d'une  plainte,  faisaient  l'objet  d'une  poursuite  pénale.  Par  ailleurs,  les  fonctionnaires  qui,  malgré  des  plaintes répétées, ne menaient pas les enquêtes requises, pouvaient faire  l'objet  de  poursuites  judiciaires.  En  l'espèce,  cet  office  a  relevé  que  l'intéressé n'avait pas déposé de plainte après  les agressions qu'il avait  personnellement  subies et que  la police était  intervenue après  les abus  sexuels  commis  sur  les membres  de  sa  famille.  Il  en  a  conclu  que  les  autorités serbes n'avaient pas manqué à leur devoir de protection. Enfin,  l'ODM a noté que  les persécutions alléguées étaient circonscrites  au plan  local, de sorte que  le  requérant pouvait,  selon  le principe de  la  subsidiarité (recte : possibilité de refuge interne), s'établir dans une autre  région de la Serbie. D.  Dans  le recours  interjeté  le 4 août 2009,  l'intéressé a brièvement répété  ses  motifs  d'asile.  Il  a  soutenu  que  la  police  ne  protégeait  pas  les  minorités  ethniques,  en  dépit  de  lois  d'intégration,  que  les  procédures  judiciaires  étaient  longues,  période  durant  laquelle  aucune  protection  n'était  offerte  aux  victimes,  et  que  les  coupables  n'étaient  pratiquement 

D­4946/2009 Page 4 jamais arrêtés ni inquiétés. Il a par ailleurs nié pouvoir s'installer dans une  autre  région  de  son  pays,  dès  lors  que  les  Roms  subissaient  des  agressions  sur  l'ensemble  du  territoire  serbe  et  qu'il  serait  confronté  à  d'insurmontables difficultés économiques, sans l'aide de sa famille restée  à  Z._______.  Enfin,  le  recourant  a  contesté  le  caractère  exigible  de  l'exécution  de  son  renvoi.  Il  a  fait  valoir  qu'à  son  retour,  il  devrait  entretenir  une  famille  de  six  personnes,  dès  lors  que  son  père malade  n'était plus en mesure de travailler, que son frère était trop jeune, et que  sa  sœur  violée  et  traumatisée  ne  pourrait  plus  jamais  se  marier.  Il  a  conclu à la reconnaissance de la qualité de réfugié et à l'octroi de l'asile,  subsidiairement  de  l'admission  provisoire,  et  a  demandé  l'assistance  judiciaire partielle. Il a déclaré qu'il allait déposer le rapport de police et  le contrat de vente  de  la  maison  familiale  établis  dans  son  pays  d'origine,  documents  qui  démontraient, selon lui, le défaut de protection apportée par la police. E.  Par décision incidente du 10 août 2009, le juge instructeur a renoncé à la  perception  d'une  avance  de  frais  et  a  déclaré  qu'il  statuerait  ultérieurement sur la demande d'assistance judiciaire partielle. Il a imparti  au  recourant  un  délai  échéant  le  7  septembre  2009,  prolongé  au  16 septembre  suivant,  pour  déposer  les moyens  de  preuve mentionnés  dans le recours. F.  Par missives du 12 août et du 8 septembre 2009, le recourant a déposé  le  contrat  de  vente  (et  sa  traduction  allemande)  de  la maison  familiale,  établi le 17 mai 2009 à Z._______. G.  Dans sa détermination du 30 septembre 2009,  l'ODM a proposé  le  rejet  du recours. Il a relevé que le recourant, même s'il ne pouvait plus habiter  dans  la  maison  de  son  père,  disposait  dans  son  pays  d'origine  d'un  réseau familial susceptible de l'aider dans sa réintégration. S'agissant des  préjudices dus à  la  situation économique et  sociale,  ils  ne  constituaient  pas une persécution déterminante au sens de l'art. 3 LAsi. H.  Dans sa réplique postée le 16 octobre 2009, le recourant a confirmé ses 

D­4946/2009 Page 5 griefs  et  conclusions.  Il  a  en particulier  soutenu que  la maison  familiale  n'aurait pas été vendue si sa famille n'avait pas été contrainte de le faire. I.  Dans un courrier posté le 7 mars 2010, le recourant a déposé deux écrits  datés  du  9  novembre  2009  et  du  27  avril  2005  relatifs  aux  conditions  d'existence des Roms en Voïvodine, ainsi qu'une attestation du docteur  J._______ du 19 février 2010. Dans cette attestation, le thérapeute a mentionné que l'état psycho­social  d'A._______, de sa sœur (…) et de leur parent, qui le consultaient depuis  le 16 octobre 2009, était marqué non seulement par leur vécu en Serbie,  mais  également  par  le  rejet  de  leur  demande  d'asile,  par  l'absence  de  perspective d'avenir, par la détérioration des relations familiales, ainsi que  par  leurs  conditions  de  vie  actuelles  (cinq  adultes  dans  une  même  chambre). Ces circonstances avaient en particulier déclenché des crises  et  des  comportements  agressifs  entre  A._______  et  son  père,  lequel  avait  dû  être  éloigné  des  siens  durant  trois  jours,  en  janvier  2010,  à  la  suite d'une explosion verbale de colère. Le médecin a estimé qu'il serait  souhaitable  de  modifier  les  conditions  d'habitation  des  membres  de  la  famille, ce qui contribuerait à améliorer leur état psychique.  Droit : 1.   1.1. Selon  l'art. 31 de  la  loi du 17  juin 2005 sur  le Tribunal administratif  fédéral  (LTAF, RS 173.32),  le Tribunal administratif  fédéral  (le Tribunal)  connaît  des  recours  contre  les  décisions  au  sens  de  l’art.  5  de  la  loi  fédérale  du  20  décembre  1968  sur  la  procédure  administrative  (PA,  RS 172.021). En particulier,  les décisions rendues par  l’ODM en matière  d'asile –  lesquelles n'entrent  pas dans  le  champ d'exclusion de  l'art.  32  LTAF  –  peuvent  être  contestées  devant  le  Tribunal  conformément  à  l'art. 33 let. d LTAF (disposition applicable en vertu du renvoi de l’art. 105  LAsi). Le Tribunal est donc compétent pour connaître du présent litige. Il  statue  de  manière  définitive,  sauf  demande  d’extradition  déposée  par  l’Etat dont le requérant cherche à se protéger (art. 83 let. d ch. 1 de la loi  du 17 juin 2005 sur le Tribunal fédéral [LTF, RS 173.110]).

D­4946/2009 Page 6 1.2. Le recourant a qualité pour recourir (art. 48 al. 1 PA). Présenté dans  la forme (art. 52 PA) et le délai (art. 108 al. 1 LAsi) prescrits par la loi, le  recours est recevable.  2.  2.1. Sont des réfugiés les personnes qui, dans leur Etat d’origine ou dans  le pays de leur dernière résidence, sont exposées à de sérieux préjudices  ou craignent à juste titre de l’être en raison de leur race, de leur religion,  de leur nationalité, de leur appartenance à un groupe social déterminé ou  de  leurs  opinions  politiques.  Sont  notamment  considérées  comme  de  sérieux préjudices la mise en danger de la vie, de l’intégrité corporelle ou  de  la  liberté,  de  même  que  les  mesures  qui  entraînent  une  pression  psychique  insupportable.  Il  y  a  lieu  de  tenir  compte  des motifs  de  fuite  spécifiques aux femmes (art. 3 al. 1 et 2 LAsi). 2.2.  Quiconque  demande  l’asile  (recourant)  doit  prouver  ou  du  moins  rendre  vraisemblable  qu’il  est  un  réfugié.  La  qualité  de  réfugié  est  vraisemblable  lorsque  l’autorité  estime  que  celle­ci  est  hautement  probable. Ne sont pas vraisemblables notamment les allégations qui, sur  des  points  essentiels,  ne  sont  pas  suffisamment  fondées,  qui  sont  contradictoires,  qui  ne  correspondent  pas  aux  faits  ou  qui  reposent  de  manière déterminante sur des moyens de preuve faux ou falsifiés (art. 7  LAsi). 3.  3.1. Selon  la  jurisprudence de  l'ancienne Commission suisse de recours  en matière  d'asile  (cf.  Jurisprudence  et  informations  de  la  Commission  suisse de recours en matière d'asile [JICRA] 2006 n° 18 consid. 10) dont  il n'y a pas lieu de s'écarter, une persécution au sens de l'art. 3 LAsi peut  aussi être le fait de tiers, lorsque l'Etat n'entreprend rien pour l'empêcher  ou  pour  sanctionner  leurs  auteurs,  que  ce  soit  parce  qu'il  tolère  voire  soutient de tels agissements ou, sans intention délibérée de nuire, parce  qu'il n'a pas la capacité de les prévenir. L'Etat n'est toutefois pas tenu de  garantir une protection absolue à tous ses citoyens et en tous lieux, mais  la  protection  doit  revêtir  un  caractère  effectif  et  la  victime disposer  d'un  accès  raisonnable  à  cette  protection.  Autrement  dit,  le  principe  de  la  subsidiarité  de  la  protection  internationale  par  rapport  à  la  protection  nationale permet d'exiger d'un requérant d'asile qu'il ait épuisé dans son 

D­4946/2009 Page 7 propre  pays  les  possibilités  de  protection  contre  d'éventuelles  persécutions avant de solliciter celle d'un Etat tiers. 3.2.  En  l'occurrence  et  indépendamment  de  la  réalité  des  préjudices  allégués, les insultes, parfois accompagnées de coups, dont le recourant  aurait  été  régulièrement et  personnellement  victime, ne constituent  pas,  en  l'espèce,  des  atteintes  à  la  liberté  d'une  intensité  suffisante  pour  constituer un sérieux préjudice au sens de l'art. 3 LAsi (JICRA 1994 no 17  consid.  3a  p. 134 ;  WALTER  STÖCKLI,  Asyl,  in :  Peter  Uebersax / Beat  Rudin / Thomas  Hugi  Yar / Thomas  Geiser  [Hrsg.]  Ausländerrecht,  Handbücher für die Anwaltspraxis, Band VIII, 2ème éd., Bâle 2009, p. 530,  ch.  11.14 s.  et  réf.  cite ; MINH SON NGUYEN,  Droit  public  des  étrangers,  Berne  2003,  p. 421 ;  ACHERMANN / HAUSAMMANN,  Handbuch  des  Asylrechts,  Berne / Stuttgart  1991,  p. 77 ss ;  WALTER  KÄLIN,  Grundriss  des  Asylverfahrens,  Bâle / Francfort­sur­le­Main  1990,  p. 42 ss).  Le  recourant ne le prétend d'ailleurs pas, lui qui parle (cf. le recours, p. 7) de  "chicaneries répétées qui sont désagréables". De surcroît, n'ayant jamais  jugé  utile  de  déposer  plainte,  il  ne  saurait  invoquer  un  manque  de  protection des autorités. 3.3.  Ensuite,  il  ne  saurait  se  prévaloir  d'actes  illégitimes,  aussi  graves  soient­ils,  commis  sur  des  tiers,  fussent­ils  des membres  de  sa  famille.  Quoi qu'il en soit,  l'agression sexuelle dont sa mère et sa sœur auraient  été victimes ne constitue pas un  fait  déterminant en matière d'asile,  les  autorités ayant en effet  la volonté de  retrouver  les agresseurs et de  les  traduire  en  justice  (cf.  arrêts  du  Tribunal  administratif  fédéral  D­4944/2009 consid. 3.2 et D­4945/2006 consid. 3.2). 3.4. Enfin, des motifs liés à des conditions de vie difficile et à l'absence de  perspective  d'avenir  (cf.  le  recours,  sous  "possibilité  de  fuite  interne",  p. 7 s.,  ainsi  que  le  courrier  du 7 mars 2010 et  ses annexes  cités  sous  let. I ci­dessus) ne sont pas pertinents en matière d'asile. En effet, de tels  motifs  sont  étrangers  à  la  définition  du  réfugié,  telle  que  prévue  exhaustivement à l'art. 3 LAsi. 3.5. Partant,  les  faits allégués par  le recourant à  l'appui de sa demande  de protection en Suisse ne sont pas pertinents en matière d'asile. Il n'y a  donc  pas  lieu  d'examiner  encore  si  l'intéressé  bénéficie  ou  non  d'une  possibilité de refuge  interne. Le contrat de vente de  la maison (cf.  let. F  supra) ne constitue pas un moyen de preuve décisif, dès lors que les faits  qu'il est censés établir ne sont pas pertinents.

D­4946/2009 Page 8 3.6.  Il  s'ensuit  que  le  recours,  en  tant  qu'il  conteste  le  refus  de  la  reconnaissance de la qualité de réfugié et le rejet de la demande d'asile,  doit être rejeté. 4.  4.1. Lorsqu’il rejette la demande d'asile ou qu'il refuse d'entrer en matière  à ce sujet, l'ODM prononce, en règle générale, le renvoi de Suisse et en  ordonne  l'exécution ;  il  tient  compte  du  principe  de  l'unité  de  la  famille  (art. 44  al. 1  LAsi).  Le  renvoi  ne  peut  être  prononcé,  selon  l'art. 32  de  l'ordonnance 1 du 11 août 1999 sur  l’asile relative à  la procédure (OA 1,  RS 142.311),  lorsque  le  requérant  d’asile  dispose d’une autorisation  de  séjour  ou  d’établissement  valable,  ou  qu’il  fait  l’objet  d’une  décision  d’extradition ou d’une décision de  renvoi conformément à  l’art. 121 al. 2  de la Constitution fédérale du 18 avril 1999 (Cst., RS 101). 4.2.  Aucune  exception  à  la  règle  générale  du  renvoi  n'étant  en  l'occurrence réalisée, le Tribunal est tenu, de par la loi, de confirmer cette  mesure. 5.  5.1. L'exécution du renvoi est ordonnée si elle est licite, raisonnablement  exigible  et  possible  (art. 44  al. 2  LAsi).  Si  ces  conditions  ne  sont  pas  réunies,  l'admission  provisoire  doit  être  prononcée  conformément  à  l'art. 83 de  la  loi  fédérale sur  les étrangers du 16 décembre 2005  (LEtr,  RS 142.20), entrée en vigueur le 1er janvier 2008. 5.2. L'exécution n'est  pas  licite  lorsque  le  renvoi  de  l'étranger dans son  Etat  d'origine,  dans  son  Etat  de  provenance  ou  dans  un  Etat  tiers  est  contraire  aux  engagements  de  la  Suisse  relevant  du  droit  international  (art. 83 al. 3 LEtr). Aucune personne ne peut être contrainte, de quelque  manière que ce  soit,  à  se  rendre dans un pays où  sa  vie,  son  intégrité  corporelle ou sa liberté serait menacée pour l'un des motifs mentionnés à  l'art. 3 al. 1 LAsi, ou encore d'où elle risquerait d'être astreinte à se rendre  dans un tel pays (art. 5 al. 1 LAsi). Nul ne peut être soumis à la torture ni  à  des  peines  ou  traitements  inhumains  ou  dégradants  (art. 3  de  la  Convention du 4 novembre 1950 de sauvegarde des droits de l'homme et  des libertés fondamentales [CEDH, RS 0.101]). 5.3. L'exécution peut ne pas être raisonnablement exigée si  le renvoi ou  l'expulsion de l'étranger dans son pays d'origine ou de provenance le met 

D­4946/2009 Page 9 concrètement en danger, par exemple en cas de guerre, de guerre civile,  de violence généralisée ou de nécessité médicale (art. 83 al. 4 LEtr). 5.4. L'exécution n'est pas possible  lorsque  l'étranger ne peut pas quitter  la Suisse pour son Etat d'origine, son Etat de provenance ou un Etat tiers,  ni être renvoyé dans un de ces Etats (art. 83 al. 2 LEtr). 6.  6.1. L'exécution du renvoi est  illicite,  lorsque la Suisse, pour des raisons  de droit  international public, ne peut contraindre un étranger à se rendre  dans  un  pays  donné  ou  qu'aucun  autre  Etat,  respectant  le  principe  du  non­refoulement,  ne  se  déclare  prêt  à  l'accueillir ;  il  s'agit  d'abord  de  l'étranger  reconnu  réfugié,  mais  soumis  à  une  clause  d'exclusion  de  l'asile, et ensuite de l'étranger pouvant démontrer qu'il serait exposé à un  traitement prohibé par l'art. 3 CEDH ou encore l'art. 3 de la convention du  10 décembre  1984  contre  la  torture  et  autres  peines  ou  traitements  cruels,  inhumains ou dégradants (Conv.  torture, RS 0.105) (Message du  Conseil fédéral à l'appui d'un arrêté fédéral sur la procédure d'asile [APA],  du 25 avril 1990, in : FF 1990 II 624). 6.2.  L'exécution  du  renvoi  ne  contrevient  pas  au  principe  de  non­ refoulement  de  l'art.  5 LAsi.  Comme  exposé  plus  haut,  le  recourant  n'a  pas  rendu vraisemblable qu'en cas de  retour dans son pays d'origine,  il  serait exposé à de sérieux préjudices au sens de l'art. 3 LAsi. 6.3. En ce qui concerne les autres engagements de la Suisse relevant du  droit international, il sied d'examiner particulièrement si l'art. 3 CEDH, qui  interdit la torture, les peines ou traitements inhumains, trouve application  dans le présent cas d'espèce.  6.4. Si l'interdiction de la torture, des peines et traitements inhumains ou  dégradants  s'applique  indépendamment  de  la  reconnaissance  de  la  qualité  de  réfugié,  cela  ne  signifie  pas  encore  qu'un  renvoi  ou  une  extradition serait prohibée par le seul fait que dans le pays concerné des  violations  de  l'art.  3  CEDH  devraient  être  constatées;  une  simple  possibilité  de  subir  des  mauvais  traitements  ne  suffit  pas.  Il  faut  au  contraire  que  la  personne  qui  invoque  cette  disposition  démontre  à  satisfaction  qu'il  existe  pour  elle  un  véritable  risque  concret  et  sérieux  d'être victime de tortures, ou de traitements inhumains ou dégradants en  cas de renvoi dans son pays. Il en ressort qu'une situation de guerre, de  guerre  civile,  de  troubles  intérieurs  graves  ou  de  tension  grave 

D­4946/2009 Page 10 accompagnée  de  violations  des  droits  de  l'homme  ne  suffit  en  principe  pas (hormis des cas exceptionnels de violence d'une extrême intensité) à  justifier la mise en œuvre de la protection issue de l'art. 3 CEDH, tant que  la personne concernée ne peut rendre hautement probable qu'elle serait  visée  personnellement  –  et  non  pas  simplement  du  fait  d'un  hasard  malheureux  –  par  des  mesures  incompatibles  avec  la  disposition  en  question (JICRA 1996 no 18 consid. 14b  let. ee p. 186 s. ; cf. également  arrêts  de  la Cour  européenne  des  droits  de  l'homme  [Cour EDH],  arrêt  F.H.  c. Suède,  no  32621/06,  20  janvier  2009,  et  arrêt  Saadi  c. Italie,  no 37201/06, 28 février 2008). 6.5. En l'occurrence, le recourant n'a pas établi qu'un tel risque pèse sur  lui (cf. consid. 3 supra). 6.6.  Dès  lors,  l'exécution  du  renvoi  du  recourant  sous  forme  de  refoulement ne transgresse aucun engagement de la Suisse relevant du  droit international, de sorte qu'elle s'avère licite (art. 44 al. 2 LAsi et 83 al.  3 LEtr). 7.  7.1. Selon  l'art. 83 al. 4 LEtr,  l'exécution de  la décision peut ne pas être  raisonnablement exigée si le renvoi ou l'expulsion de l'étranger dans son  pays  d'origine  ou  de  provenance  le  met  concrètement  en  danger,  par  exemple en cas de guerre, de guerre civile, de violence généralisée ou  de  nécessité médicale. Cette  disposition  s'applique  en  premier  lieu  aux  "réfugiés  de  la  violence",  soit  aux  étrangers  qui  ne  remplissent  pas  les  conditions  de  la  qualité  de  réfugié  parce  qu'ils  ne  sont  pas  personnellement persécutés, mais qui fuient des situations de guerre, de  guerre civile ou de violence généralisée, et ensuite aux personnes pour  qui  un  retour  reviendrait  à  les  mettre  concrètement  en  danger,  notamment parce qu'elles ne pourraient plus recevoir les soins dont elles  ont  besoin.  L'autorité  à  qui  incombe  la  décision  doit  donc  dans  chaque  cas confronter  les aspects humanitaires  liés à  la situation dans  laquelle  se  trouverait  l'étranger  concerné  dans  son  pays  après  l'exécution  du  renvoi à  l'intérêt public militant en  faveur de son éloignement de Suisse  (ATAF  2011/7  consid.  9.1  p.  89,  ATAF  2009/52  consid.  10.1  p.  756 s.,  ATAF  2009/51  consid.  5.5  p. 748,  ATAF  2009/28  consid. 9.3.1  p.  367,  ATAF 2007/10 consid. 5.1 p. 111 ; JICRA 2005 no 24 consid. 10.1 p. 215  et jurisp. cit.).

D­4946/2009 Page 11 S'agissant plus spécifiquement des personnes en  traitement médical en  Suisse, l'exécution du renvoi ne devient inexigible, en cas de retour dans  leur  pays  d'origine  ou  de  provenance,  que  dans  la  mesure  où  elles  pourraient  ne  plus  recevoir  les  soins  essentiels  garantissant  des  conditions minimales  d'existence ;  par  soins  essentiels,  il  faut  entendre  les soins de médecine générale et d'urgence absolument nécessaires à  la garantie de la dignité humaine (GABRIELLE STEFFEN, Droit aux soins in :  Olivier  Guillod / Dominique  Sprumont / Béatrice  Despland  [éditeurs],  13ème  Journée  de  droit  de  la  santé  de  l'institut  de  droit  de  la  santé,  Université  de  Neuchâtel,  Berne  2007  [Editions  Weblaw],  Zurich / Bâle / Genève 2007 [Schulthess], spéc. p. 50 ss ; STEFFEN, Droit  aux soins et rationnement, Berne 2002, p. 81 s. et 87). L'art. 83 al. 4 LEtr,  disposition  exceptionnelle  tenant  en  échec  une  décision  d'exécution  du  renvoi,  ne  saurait  en  revanche  être  interprété  comme  une  norme  qui  comprendrait  un  droit  de  séjour  lui­même  induit  par  un  droit  général  d'accès en Suisse à des mesures médicales visant à recouvrer  la santé  ou  à  la  maintenir,  au  simple  motif  que  l'infrastructure  hospitalière  et  le  savoir­faire médical dans le pays d'origine ou de destination de l'intéressé  n'atteint pas le standard élevé qu'on trouve en Suisse (JICRA 1993 no 38  p.  274 s.).  Ainsi,  il  ne  suffit  pas  en  soi  de  constater,  pour  admettre  l'inexigibilité de l'exécution du renvoi, qu'un traitement prescrit sur la base  de normes suisses ne pourrait être poursuivi dans  le pays de  l'étranger.  On  peut  citer  ici  les  cas  de  traitements  visant  à  atténuer  ou  guérir  des  troubles  psychiques  ou  physiques  qui  ne  peuvent  être  qualifiés  de  graves. Si les soins essentiels nécessaires peuvent être assurés dans le  pays d'origine ou de provenance de  l'étranger concerné,  le cas échéant  avec d'autres médications que celles prescrites en Suisse, l'exécution du  renvoi  dans  l'un  ou  l'autre  de  ces  pays  sera  raisonnablement  exigible.  Elle  ne  le  sera  plus,  au  sens  de  l'art.  83  al.  4  LEtr  si,  en  raison  de  l'absence  de  possibilités  de  traitement  adéquat,  l'état  de  santé  de  l'intéressé  se  dégraderait  très  rapidement  au  point  de  conduire  d'une  manière certaine à la mise en danger concrète de sa vie ou à une atteinte  sérieuse,  durable,  et  notablement  plus  grave  de  son  intégrité  physique  (GOTTFRIED  ZÜRCHER,  Wegweisung  und  Fremdenpolizeirecht :  die  verfahrensmässige  Behandlung  von  medizinischen  Härtefällen,  in  Schweizerisches  Institut  für Verwaltungskurse, Ausgewählte Fragen des  Asylrechts,  Lucerne  1992). Cela  dit,  il  sied  de  préciser  que  si,  dans  un  cas  d'espèce,  le  grave  état  de  santé  ne  constitue  pas  en  soi  un  motif  d'inexigibilité sur  la base des critères qui précèdent,  il peut demeurer un  élément  d'appréciation  dont  il  convient  alors  de  tenir  compte  dans  le  cadre  de  la  pondération  de  l'ensemble  des  éléments  ayant  trait  à 

D­4946/2009 Page 12 l'examen de l'exécution du renvoi (JICRA 2005 no 24 consid. 10.1 p. 215,  JICRA 2003 no 24 consid. 5b p. 157 s.).  7.2. En l'espèce, il est notoire que la Serbie ne connaît pas une situation  de guerre, de guerre civile ou de violence généralisée sur l'ensemble de  son  territoire  qui  permettrait  d’emblée  –  et  indépendamment  des  circonstances  du  cas  d’espèce  –  de  présumer,  à  propos  de  tous  ses  ressortissants,  l’existence  d’une  mise  en  danger  concrète  au  sens  de  l’art. 83 al. 4 LEtr. 7.3. En ce qui  concerne plus particulièrement  la  situation des Roms de  Serbie,  le  Tribunal  observe  qu'en  dépit  des  efforts  importants  entrepris  par  les autorités pour promouvoir  l'égalité sociale des membres de cette  minorité,  ceux­ci  sont  toujours  la  cible  de  diverses  discriminations,  notamment dans les domaines du logement, de l'éducation, du travail, et  de  la  santé.  De  fait,  un  grand  nombre  de  Roms  vivent  dans  des  conditions de grande pauvreté et sont en outre largement touchés par le  chômage  (cf.  Commission  of  the  European  Communities,  Serbia  2009  Progress  Report,  Bruxelles,  14 octobre  2009,  section  2.2,  p.  13 ss ;  Helsinki Committee  for Human Rights  in Serbia, Annual Report : Serbia  2008,  Belgrade  2009,  p. 387 ss ;  Home  Office,  UK  Border  Agency,  Operational Guidance Note, Serbia, 1er septembre 2008, ch. 3.6, p. 3 ss ;  US  Department  of  State,  Country  Reports  on  Human  Rights  Practices  2008, spéc. section 5 sous "National / Racial / Ethnic Minorities" ; Country  of  Return  Information  Project,  country  sheet  Serbia,  août  2007 ;  CHRISTIAN  BODEWIG / AKSHAY  SETHI,  Poverty,  Social  Exclusion  and  Ethnicity  in  Serbia  and  Montenegro :  The  case  of  the  Roma,  octobre  2005, p. 1 ss et p.19 ss). 7.4. Toutefois, cette situation, bien qu'insatisfaisante, n'est pas de nature,  en  l'espèce,  à  exposer  le  recourant  à  une mise  en  danger  concrète  et  donc à faire obstacle à l'exécution de son renvoi. En effet, A._______ est jeune et, hormis des problèmes gastriques traités  dans son pays d'origine (cf.  let. B supra) ainsi que des difficultés d'ordre  relationnels  avec  les membres de  sa  famille  –  son père en particulier –  dont  la  cause  essentielle  tient  à  leurs  conditions  d'hébergement  (cf.  l'attestation  médicale  citée  sous  let.  I  ci­dessus),  n'a  pas  allégué  de  graves  problèmes  de  santé.  En  outre,  l'argument  selon  lequel  il  devrait  entretenir,  à  son  retour,  une  famille  de  six  personnes  (cf.  le  recours,  p. 8 s., cité sous let. D supra), arguant du fait que son père malade était 

D­4946/2009 Page 13 inapte à travailler et que son frère était trop jeune, n'est pas pertinent. En  effet, la situation telle que décrite était celle vécue par le recourant et sa  famille avant leur départ pour la Suisse. Or, apparemment, la famille (…)  vivaient confortablement, au point que leur situation économique suscitait  de la jalousie (cf. le pv de l'audition du recourant du 9 juin 2009, question  18,  p.  6;  cf.  aussi  le  pv  de  l'audition  de  (frère  cadet)  du  9  juin  2009,  question 5, p. 3, et le pv de l'audition de (père), questions 23 et 60, p. 5 et  9). Sur ce point, il convient encore de mentionner que les motifs résultant  de  difficultés  consécutives  à  une  crise  socio­économique  (pauvreté,  conditions  d'existence  précaires,  difficultés  à  trouver  un  emploi  et  un  logement, revenus insuffisants, absence de toute perspective d'avenir) ou  à  la  désorganisation,  à  la  destruction  des  infrastructures  ou  à  des  problèmes analogues auxquels, dans le pays concerné, chacun peut être  confronté,  ne  sont  pas  en  tant  que  tels  déterminants  en  matière  d'exécution  du  renvoi  (cf.  notamment  ATAF  2008/34  consid.  11.2.2  p. 512 s. ;  arrêts  du  Tribunal  administratif  fédéral  D­7561/2008  consid. 8.3.6  du  15  avril  2010  et D­7558/2008  consid.  8.3.6  du  15  avril  2010 ;  JICRA  2005  no  24  consid.  10.1  p.  215,  JICRA  2003  no  24  consid. 5e p. 159).  7.5. Pour  ces motifs,  l’exécution  du  renvoi  doit  être  considérée  comme  raisonnablement exigible. 8.   Enfin,  le  recourant  est  en  possession  de  documents  suffisants  pour  rentrer dans son pays ou, à tout le moins, est en mesure d'entreprendre  toute  démarche  nécessaire  auprès  de  la  représentation  de  son  pays  d'origine en vue de l'obtention de documents de voyage lui permettant de  quitter  la  Suisse.  L'exécution  du  renvoi  ne  se  heurte  donc  pas  à  des  obstacles  insurmontables  d'ordre  technique  et  s'avère  également  possible (art. 83 al. 2 LEtr ; ATAF 2008/34 consid. 12). 9.  9.1.  Cela  étant,  l'exécution  du  renvoi  doit  être  déclarée  conforme  aux  dispositions légales. 9.2. Il s'ensuit que le recours, en tant qu'il conteste la décision de renvoi  et son exécution, doit être également rejeté. 10.  Vu l'issue de la cause, il y aurait lieu de mettre les frais de procédure à la 

D­4946/2009 Page 14 charge du recourant, conformément aux art. 63 al. 1 PA et 2 et 3 let. b du  règlement du 21 février 2008 concernant  les  frais, dépens et  indemnités  fixés  par  le  Tribunal  administratif  fédéral  (FITAF,  RS 173.320.2).  Toutefois,  la  demande  d'assistance  judiciaire  partielle  déposée  simultanément  au  recours  est  admise  (art.  65  al.  1  PA),  dès  lors  que  l'indigence du recourant est établie et que les conclusions du recours, au  moment  de  son  dépôt,  n'étaient  pas  vouées  à  l'échec,  s'agissant  en  particulier du caractère exigible de l'exécution du renvoi. Il est donc statué  sans frais. (dispositif page suivante)  

D­4946/2009 Page 15 Par ces motifs, le Tribunal administratif fédéral prononce : 1.  Le recours est rejeté. 2.  La demande d'assistance judiciaire partielle est admise. 3.  Il n'est pas perçu de frais. 4.  Le présent arrêt est adressé à la mandataire du recourant, à l’ODM et à  l’autorité cantonale compétente. Le président du collège : Le greffier : Gérard Scherrer Yves Beck Expédition :

D-4946/2009 — Bundesverwaltungsgericht 28.02.2012 D-4946/2009 — Swissrulings