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Bundesverwaltungsgericht 25.01.2012 D-145/2012

25. Januar 2012·Français·CH·CH_BVGE·PDF·783 Wörter·~4 min·1

Zusammenfassung

Asile (divers) | Demande de réouverture de la procédure de recours ; décision de radiation du Tribunal administratif fédéral du 13 mai 2011

Volltext

Bundesve rwa l t ungsge r i ch t T r i buna l   adm in istratif   f édé ra l T r i buna l e   ammin istrati vo   f ede ra l e T r i buna l   adm in istrativ   f ede ra l     Cour IV D­145/2012 Arrêt   d u   2 5   janvier   2012 Composition Gérard Scherrer (président du collège),  Gérald Bovier, Bendicht Tellenbach, juges, William Waeber, greffier. Parties A._______, née le […], B._______, née le […], C._______, né le […], Turquie, requérants, contre Office fédéral des migrations (ODM), Quellenweg 6, 3003 Berne, autorité inférieure. Objet Demande de réouverture de la procédure de recours;  décision de radiation du Tribunal administratif fédéral  du 13 mai 2011.

D­145/2012 Page 2 Faits : A.  Le 26 août 2007, A._______, accompagnée de ses enfants B._______ et  C._______ a déposé une demande d'asile en Suisse. B.  Par décision du 26 septembre 2007,  l'ODM a  rejeté  la demande d'asile  des intéressés, a prononcé leur renvoi de Suisse et a ordonné l'exécution  de cette mesure. C.  Le 23 octobre 2007, A._______ et  ses enfants ont  recouru contre cette  décision, concluant à l'octroi de l'asile et à l'inexécution de leur renvoi. D.  Par  déclaration  du  11  mai  2011,  les  intéressés  ont  retiré  leur  recours,  indiquant qu'ils allaient se rendre au Canada. Ils ont notamment produit,  simultanément à cette déclaration, le courrier de l'Ambassade du Canada  en  Turquie,  adressé  à  leur  mari,  respectivement  père,  dénommé  D._______, exigeant que les membres de la famille s'acquittent de la taxe  leur  conférant  le  droit  de  résider  dans  ce  pays  et  lui  transmettent  leurs  passeports afin d'y apposer les visas d'immigration. E.  Par décision du 13 mai 2011, le Tribunal administratif fédéral (le Tribunal)  a radié le recours du rôle. F.  Le  9  janvier  2012,  A._______,  agissant  pour  elle  et  ses  enfants,  a  demandé  la  réouverture  de  leur  procédure  de  recours.  L'intéressée  a  déclaré  qu'elle  avait  retiré  son  pourvoi  sous  la  pression  de  son  époux,  celui­ci l'ayant par ailleurs induite en erreur dans la mesure où il lui avait  faussement garanti qu'elle disposait d'un droit de séjour au Canada. Elle  a  relaté  en  particulier  que  son mari  s'était  rendu  dans  ce  pays,  y  avait  déposé  une  demande  tendant  à  ce  que  sa  famille  puisse  l'y  rejoindre,  n'avait  toutefois  pas  trouvé  d'emploi,  avait  épuisé  ses  ressources  financières  et  avait  finalement  abandonné  son  projet  d'immigration,  retournant  en  Turquie,  en  novembre 2011.  Elle  a  expliqué  que  cette  situation  avait  provoqué  une  véritable  crise  dans  la  famille  et  qu'il  était  désormais  exclu  que  celle­ci  se  reconstitue.  Elle  a  mentionné,  enfin,  qu'elle avait tout de même espéré pouvoir se rendre au Canada, que les  autorités de ce pays n'avaient cependant pas répondu à ses sollicitations 

D­145/2012 Page 3 et qu'elle se trouvait dans une situation dramatique, étant désormais dans  l'obligation de quitter la Suisse. Droit : 1.  Le Tribunal, en vertu de l’art. 31 de la loi du 17 juin 2005 sur le Tribunal  administratif  fédéral  (LTAF, RS  173.32),  connaît  des  recours  contre  les  décisions au sens de l’art. 5 de la loi fédérale du 20 décembre 1968 sur la  procédure  administrative  (PA,  RS  172.021)  prises  par  les  autorités  mentionnées à l’art. 33 LTAF. En particulier, les décisions rendues par l’ODM concernant l’asile peuvent  être contestées, par renvoi de l’art. 105 de la loi du 26 juin 1998 sur l’asile  (LAsi,  RS  142.31),  devant  le  Tribunal,  lequel,  sauf  l'exception  visée  à  l'art. 83 let. d ch. 1 de la loi du 17 juin 2005 sur le Tribunal fédéral [LTF,  RS  173.110]  et  non  réalisée  en  l'espèce,  statue  définitivement.  En  tant  que tribunal administratif ordinaire de la Confédération (art. 1 al. 1 LTAF),  il  est  également  compétent  pour  se  prononcer  sur  une  demande  de  réouverture d'une procédure de recours qu'il a close. 2.  Selon  le  principe  de  disposition,  tout  requérant  d'asile,  pour  autant  qu'il  soit  capable de discernement et, partant,  capable d'ester en  justice, est  libre  de  retirer  en  tout  temps  sa  demande  d'asile  ou,  cas  échéant,  son  recours. Un  retrait est, par principe,  irrévocable et  inconditionnel. Même  si, en tant qu'exercice d'un droit formateur, le retrait ne peut être révoqué  pour n'importe quel motif,  l'invalidité d'un tel acte,  fondée sur un vice du  consentement, ne saurait toutefois être d'emblée exclue. Les principes du  droit des obligations relatifs aux contrats sont, en la matière, applicables  par analogie. Il faut prendre en compte, d'une part, les graves préjudices  que risque la partie qui se prévaut d'un vice de la volonté, et d'autre part,  la  sécurité  du  droit,  laquelle  ne  saurait  être  lésée  d'une  manière  inacceptable. Il n'y a aucune erreur dans le cas où la partie connaissait la  portée du retrait et ses conséquences, puis regrette après coup ce retrait   (cf. sur  l'ensemble  de  ces  points,  arrêt  du  Tribunal  administratif  fédéral    D­807/2008  du  12  juin  2008;  Jurisprudence  et  informations  de  la  Commission  suisse  de  recours  en  matière  d'asile  [JICRA]  2002  n° 5 

D­145/2012 Page 4 p. 37 ss,  JICRA  1993  n° 34  p. 237 ss,  JICRA  1993  n° 33  p. 230 ss,  JICRA 1993 n° 5 p. 27 ss). 3.  3.1. En l'espèce, A._______ fait valoir qu'elle a retiré son recours sous la  pression de son mari. Elle affirme qu'elle n'a fait qu'obéir à celui­ci, qu'elle  n'avait pour sa part pas fait le projet de se rendre au Canada et qu'elle ne  l'avait  pas  souhaité.  En  d'autres  termes,  la  recourante  soutient  avoir  rédigé  la  déclaration  par  laquelle  elle  a  retiré  son  recours  sous  la  contrainte. 3.2. La contrainte, dans un sens large, peut être définie comme étant une  entrave à la liberté d'action d'un individu; celui qui en est l'objet ne désire  en aucun cas accomplir un acte  (dont  il  saisit en principe pleinement  le  sens). L'élément de contrainte se  retrouve en droit des contrats dans  la  notion  de  crainte  fondée  (art.  29  s.  du  Code  des  obligations  du  30 mars 1911  [CO,  RS  220]).  Il  y  a  crainte  fondée  lorsqu'une  partie  exerce sur  l'autre une pression en  la menaçant sans droit d'un mal afin  qu'elle passe le contrat désiré. La déclaration de la partie est donc viciée  du  fait  que  celle­ci  ne  prend  pas  librement  sa  décision.  La  victime  doit  donc,  selon  les  éléments  de  la  définition,  avoir  été  l'objet  d'un menace  grave,  sérieuse,  illicite et enfin causale  (cf.  JICRA 1996 n° 33 consid. 4  p. 309). 3.3. Les conditions permettant de retenir l'existence d'une crainte fondée  ne  sont manifestement  pas  réunies  en  l'occurrence. A._______ n'a  pas  mentionné avoir été  l'objet de menaces de  la part de son mari, a  fortiori  de menaces  contraires  à  la  loi.  Elle  a  certes  affirmé  que  se  rendre  au  Canada  ne  constituait  pas  son  choix  et  que  celui­ci  l'indisposait.  Il  n'en  demeure pas moins qu'elle a, même à contrecœur, accepté en définitive  d'accomplir les démarches en vue de quitter la Suisse, sans qu'il ressorte  que son époux ait usé pour cela, depuis la Turquie ou depuis le Canada,  de moyens illégaux. Le dossier ne révèle par ailleurs pas, loin s'en faut, la  présence  d'indices  permettant  de  considérer  que  l'intéressée  serait  psychologiquement  fragile  et  qu'elle  aurait  cédé  à  des  pressions  qui,  même au sein du couple, auraient pu être considérées comme illégitimes.  A  aucun  moment  A._______  n'a  enfin  décrit  son  époux  comme  une  personne ayant sur elle  toute autorité, ayant même déclaré,  lors de son  audition du 5 septembre 2007, que c'était un homme qui avait un esprit  très  ouvert  et  qui  partageait  (du point  de  vue  religieux  en  tous  les  cas)  ses points de vue.

D­145/2012 Page 5 4.  4.1.   A._______ a allégué encore qu'elle avait été  induite en erreur par  son mari, celui­ci lui ayant fourni de fausses indications sur les garanties  quant à son droit de séjour au Canada. 4.2. L'erreur  consiste  en une  fausse  représentation  de  la  réalité,  ce qui  suppose, d'une part, qu'il y ait divergence entre ce que croit  le déclarant  et  ce  qui  est  réellement et,  d'autre  part,  que  la  victime  ne  soit  pas  consciente de son erreur. Seul le constat d'une erreur essentielle au sens  des art. 23 ss CO est susceptible de justifier l'annulation d'une déclaration  de retrait (sur ces notions, cf. JICRA 1993 n° 33 p. 230 ss). 4.3. On ne saurait retenir en l'espèce, sans la démonstration du contraire,  que D._______, lequel exerçait de hautes fonctions dans l'enseignement  en Turquie et possédait des compétences dans le domaine des relations  internationales,  aurait  pu  se  tromper  sur  les  conditions  auxquelles  il  devait  satisfaire  pour  obtenir,  avec  sa  famille,  le  droit  de  résider  au  Canada.  Il  n'est  pas  non  plus  possible  de  conclure,  sans  autres,  qu'il  aurait eu un intérêt à dissimuler des informations importantes sur ce sujet  à son épouse. Il apparaît d'ailleurs peu probable, prima facie, que celle­ci,  au vu de son vécu, ait suivi les indications de son mari sans obtenir de sa  part les renseignements dont il était en possession et qui lui permettaient  de  se  forger  une  opinion.  Il  appert  surtout  des  actes  du  dossier  qu'au  moment de sa déclaration de retrait, A._______ disposait d'une possibilité  effective  de  séjourner  au Canada,  que  sa  conception  de  la  réalité  était  correcte et qu'aucun vice n'affectait ainsi sa volonté. Elle avait d'ailleurs  joint,  à  cette  déclaration,  un  document  mentionnant  les  formalités  à  effectuer  pour  poursuivre  les  démarches  en  vue  de  son  immigration.  A  suivre ses propos, les motifs faisant obstacle à son admission au Canada  sont  apparus  plus  tard.  A._______  explique  ainsi  que,  son  mari  ne  trouvant  pas  d'emploi,  épuisant  ses  ressources  financières,  ne  pouvant  se porter garant envers ses proches et décidant finalement de rentrer en  Turquie,  en  novembre  2011,  le  projet  n'a  finalement  pu  se  concrétiser.  Pour  étayer  ses  dires,  elle  produit,  à  l'appui  de  son  recours,  plusieurs  pièces relatives à sa procédure d'immigration. Il ressort en particulier d'un  courrier du 14 octobre 2011, adressé aux autorités canadiennes par son  époux,  que  celui­ci  aurait  ignoré,  avant  qu'il  se  rende  au  Canada,  son  devoir  de  se  porter  responsable  de  l'entretien  de  sa  famille  avant  que  celle­ci puisse y obtenir un droit de  résidence. Toutefois, dans un autre  document ("Sponsorship agreement"), signé de sa main, le 6 juin 2011, et  contresigné  par  sa  femme,  le  15  juin suivant,  D._______  avait 

D­145/2012 Page 6 expressément  accepté  de  se  porter  garant  de  celle­ci.  Cette  pièce  démontre  que,  même  s'il  était  au  départ  dans  l'ignorance  de  cette  condition,  ce  qui  est  fort  douteux  tant  elle  est  répandue  en  matière  d'immigration,  il  a  admis  ensuite  qu'elle  faisait  partie  des  exigences  du  Canada  et  n'a  pas  considéré  qu'elle  s'opposait  au  projet  de  la  famille.  Que  les  autorités  canadiennes  aient,  un  peu  plus  tard,  légèrement  modifié  la  procédure  visant  à  établir  sa  qualité  de  garant,  ce  que  démontre  le courrier du 1er septembre 2011 également  joint au  recours,  n'y change rien. Le dossier révèle ainsi que l'intéressée n'a pas retiré son  recours en étant dans l'erreur, à tout le moins dans une erreur essentielle.  Le  projet  de  la  famille  […],  tel  qu'envisagé,  a  été  abandonné  pour  des  raisons  qui  sont  postérieures  à  la  déclaration  de  retrait  et  qui,  en  l'absence d'explications détaillées, semblent leur appartenir. 5.  Il s'ensuit que la demande de réouverture de la procédure de recours du  9 janvier 2012 est rejetée. 6.  Dans  la  mesure  où  l'intéressée  succombe,  les  frais  de  procédure  devraient être mis à sa charge (art. 63 al. 1 PA et art. 1, 2 et   3 let. b du  règlement concernant les frais, dépens et indemnités fixés par le Tribunal  administratif fédéral du 21 février 2008 [FITAF, RS 173.320.2]). Au vu des  circonstances du cas d'espèce, il se justifie toutefois d'y renoncer. (dispositif page suivante)

D­145/2012 Page 7 Par ces motifs, le Tribunal administratif fédéral prononce : 1.  La demande de réouverture du 9 janvier 2012 est rejetée. 2.  Il n'est pas perçu de frais. 3.  Le  présent  arrêt  est  adressé  aux  recourants,  à  l'ODM  et  à  l'autorité  cantonale compétente. Le président du collège : Le greffier : Gérard Scherrer William Waeber Expédition :

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