Skip to content

Bundesverwaltungsgericht 04.10.2011 B-2117/2011

4. Oktober 2011·Français·CH·CH_BVGE·PDF·1,729 Wörter·~9 min·1

Zusammenfassung

Travail d'intérêt général (service civil) | libération avant terme du service civil

Volltext

Bundesve rwa l t ungsge r i ch t T r i buna l   adm in istratif   f édé ra l T r i buna l e   ammin istrati vo   f ede ra l e T r i buna l   adm in istrativ   f ede ra l Cour II B­2117/2011 Arrêt   d u   4   octobre   2011 Composition Claude Morvant (président du collège),  Philippe Weissenberger et Jean­Luc Baechler, juges, Grégory Sauder, greffier. Parties A._______, recourant,  contre Organe d'exécution du service civil ZIVI, Centre régional de Lausanne, route Aloys­Fauquez 28, case postale 60, 1000 Lausanne 8,    autorité inférieure. Objet Libération avant terme du service civil.

B­2117/2011 Page 2 Faits : A.  Par  décision  du  3  août  1999,  l'organe  d'exécution  du  service  civil           (ci­après  :  l'autorité  inférieure)  a  admis A._______  (ci­après :  l'intéressé  ou le recourant) au service civil et l'a astreint à 450 jours de service. En  raison  de  la  modification  de  la  législation  militaire  et,  par  voie  de  conséquence,  de  la  législation  en  matière  de  service  civil,  la  durée  globale du service civil ordinaire du prénommé a été réduite, par décision  du 13 janvier 2004, de 60 jours. En plus de la journée d'information au service civil, l'intéressé a accompli  221  jours  jusqu'en  octobre  2009,  période  à  laquelle  il  a  interrompu  l'accomplissement de son affectation pour des raisons médicales, sur  la  base d'un certificat médical établi le 21 octobre 2009. Rappelé, le 3 février 2010, par le centre régional de l'organe d'exécution  du service civil (ci­après : le centre régional) à son devoir de déposer une  convention d'affectation,  l'intéressé  lui a  fait  part de son  intention de ne  plus  se  soumettre  à  l'obligation  de  servir.  Le  5  mars  2010,  le  centre  régional  l'a  averti  qu'il  restait  astreint  au  service  civil  et  l'a  invité  à  lui  remettre  dite  convention  jusqu'au  31  mars  2010,  sous  peine  d'être  convoqué d'office à une période d'affectation de 168  jours. N'ayant  rien  obtenu de sa part dans  le délai  fixé,  le centre régional  l'a  informé,  le 30  avril 2010, qu'il allait  le convoquer d'office à une période d'affectation du  23 août  2010 au 6  février  2011, en  lui  signalant  qu'il  avait  la  possibilité  d'exposer  ses  éventuelles  objections.  Par  courrier  du  10  mai  2010,  l'intéressé a réitéré son refus de servir, expliquant que celui­ci devait être  compris  comme  "la  conséquence  d'une  situation  psychologique"  qui  rendait  irréalisable  l'accomplissement  de  toute  affectation.  Il  a  précisé  avoir un problème de conscience tel que sa santé psychique s'en trouvait  menacée  et  a  argué  que  sa  dernière  affectation  en  2009  avait  dû  être  interrompue,  parce  qu'il  lui  avait  été  psychologiquement  insupportable  d'être  en  contradiction  avec  ses  convictions morales.  Il  a  requis  que  la  décision  d'affectation  d'office  soit  suspendue  jusqu'à  l'obtention  d'une  expertise médicale sur sa personne. Le 20 mai 2010, le centre régional l'a  convoqué  d'office,  comme  il  le  lui  avait  annoncé  dans  son  précédent  courrier,  et  l'a  averti  que  s'il  entendait  être  libéré,  il  devait  déposer  une  demande  de  libération  avant  terme  du  service  civil,  accompagnée  d'un  rapport médical attestant son incapacité de travail, partielle ou complète ; 

B­2117/2011 Page 3 à  cette  occasion  il  l'a  rendu  attentif  aux  conséquences  pénales  que  pouvait entraîner un refus délibéré de servir. L'intéressé ne s'étant pas présenté à l'établissement d'affectation en date  du 23 août 2010,  le  centre  régional a déposé une plainte pénale à  son  encontre  ;  celle­ci  a  abouti  à  un  classement  en  opportunité  de  l'affaire,  suite au dépôt d'un premier certificat médical du 11 novembre 2010, puis  d'un second en date du 25 novembre 2010. Le 6 décembre 2010, l'intéressé a demandé sa libération avant terme du  service civil, s'appuyant sur  les conclusions  formulées par  les médecins  dans le certificat du 21 octobre 2009 et dans ceux produits en procédure  pénale.  Le  4  janvier  2011,  le  centre  régional  l'a  convoqué  auprès  du  médecin­conseil  du  service  civil  (ci­après :  l'expert)  pour  un  examen  médical, le 16 mars 2011, sur sa capacité de travail. Le  21  mars  2011,  l'expert  a  établi  son  rapport  en  tenant  compte  de  l'entretien  mené  avec  l'intéressé,  des  pièces  du  dossier  de  l'autorité  inférieure, de documents remis par l'intéressé sur place – à savoir un écrit  d'un professeur de l'Institut d'ethnologie de l'Université de B._______ du  10  novembre  2010,  un  écrit  cosigné  par  différents  scientifiques  de  l'Institut C._______ de l'Université de D._______ du 2 novembre 2010 –  et d'une lettre  lui ayant été adressée,  le 20 mars 2011, par  l'intéressé. Il  estime,  en  substance,  que,  d'un  point  de  vue  purement  psychiatrique,  l'intéressé  n'est  atteint  d'aucun  trouble  d'origine  pathologique.  Il  précise  que sa capacité de travail n'est pas limitée à long terme. Il souligne qu'il  ne souffre pas d'une maladie psychique grave et durable, évoluant par à­ coups  ou  survenant  périodiquement,  et  que  des  périodes  répétées  d'incapacité de travail ne sont pas à prévoir. B.  Par décision du 4 avril 2011,  l'autorité  inférieure a rejeté  la demande de  libération  avant  terme  du  service  civil.  Elle  a  constaté  que,  selon  les  conclusions de  l'expertise médicale, aucune  incapacité de  travail  fondée  n'avait été établie par les trois certificats produits pour 2009 et 2010. Elle  a relevé, en outre, que l'expert avait attesté que la capacité de travail de  l'intéressé  et,  par  la  même,  son  aptitude  à  accomplir  le  service  civil  n'étaient pas  restreintes. Dans ces conditions, elle a estimé que celui­ci  était tenu de continuer à accomplir son service civil. C.  Le 8 avril 2011, l'intéressé a interjeté recours contre cette décision auprès 

B­2117/2011 Page 4 du Tribunal administratif  fédéral, concluant à son annulation et à ce que  sa  demande  de  libération  du  service  civil  soit  réévaluée  au  terme  d'un  nouvel examen médical de sa capacité de travail. A l'appui de ses conclusions, il allègue que l'expert désigné a fait preuve  de  partialité  dans  l'évaluation  de  son  état  de  santé.  Il  expose,  en  substance,  que  celui­ci  a  eu  une  "posture  agressive  et  partiale"  lors  de  l'examen médical du 16 mars 2011 et se réfère, pour plus de détails, à la  lettre  qu'il  lui  a  adressée,  le  20  mars  2011,  pour  exprimer  son  ressentiment.  Il ajoute notamment qu'en dépit de l'attitude que doit avoir  un médecin face à son patient,  l'expert n'a pas réagi à cette  lettre et n'a  répondu  que  de manière  laconique,  le  6  avril  2011,  au  courriel  qu'il  lui  avait envoyé en date du 4 avril 2011. Par ailleurs,  le  recourant explique  qu'il éprouve  "des difficultés psychologiques et sociales sérieuses ayant  des  incidences  sur  sa  santé,  dans  des  contextes  variés",  dont  en  particulier  lors d'affectations de  longue durée au service civil  ;  il précise  que  ces  troubles  et  leurs  effets  sur  sa  santé  ont  été  constatés  par  différents médecins et produit, à  titre de preuve,  les certificats médicaux  du 21 octobre 2009 et du 11 novembre 2010. Dans ce contexte, il argue  que  c'est  à  tort  que  l'expert  a  émis  un  avis  contraire  à  ceux  des  deux  confrères concernés, dès lors que ces avis sont basés sur des éléments  concrets  dont  il  n'avait  pas  connaissance.  Enfin,  rappelant  qu'il  est  au  chômage depuis octobre 2009,  il  souligne que son droit aux  indemnités  arrive à  terme et qu'il envisage de  travailler comme  indépendant, ce qui  constituerait  la  seule  alternative  pour  éviter  de  devoir  s'adresser  à  l'assurance­invalidité ou à  l'aide sociale, compte  tenu de ses problèmes  d'intégration. D.  Dans sa réponse du 18 mai 2011,  l'autorité  inférieure a proposé  le  rejet  du recours. Après avoir exposé les dispositions applicables et résumé les  conclusions  essentielles  du  rapport  d'expertise  du  21  mars  2011,  elle  relève que le recourant n'a ni fourni de certificat médical propre à infirmer  ces conclusions ni présenté d'arguments de nature à remettre en cause  l'impartialité de l'expert. E.  Le 5 juin 2011, le recourant a fait part de remarques complémentaires au  sujet de  la  réponse de  l'autorité  inférieure.  Il  réitère  le grief de partialité  contre  l'expert désigné par  l'autorité  inférieure,  tout en précisant qu'il ne  remet  nullement  en  cause  ses  capacités  professionnelles.  Il  indique  notamment  qu'en  raison  de  son  attitude  lors  de  l'entretien  du  16  mars 

B­2117/2011 Page 5 2011,  il n'a pas pu s'ouvrir suffisamment à  lui pour exprimer ses  réelles  difficultés.  Par  ailleurs,  il  expose  qu'il  n'a  plus  droit  aux  indemnités  de  chômage, qu'il va s'inscrire auprès de l'aide sociale et espère trouver une  activité  professionnelle  à  temps  partiel,  ayant  abandonné  le  projet  de  s'installer comme indépendant. Il souligne qu'il n'est pas apte à travailler  de manière continue, à cause de son état de santé qui n'a cessé de se  dégrader depuis octobre 2009.  F.  Invitée  à  faire  part  de  ses  remarques  éventuelles  sur  la  lettre  du  recourant du 5 juin 2011,  l'autorité  inférieure a expliqué,  le 17 juin 2011,  qu'elle n'en avait pas d'autres à  formuler, mais se référait aux motifs de  sa décision. G.  Les autres  faits et arguments de  la cause seront examinés, pour autant  que besoin, dans les considérants en droit. Droit : 1.  Le Tribunal administratif fédéral est compétent pour statuer sur le présent  recours  (cf.  art. 31  et  32  de  la  loi  du  17 juin  2005  sur  le  Tribunal  administratif  fédéral [LTAF, RS 173.32], art. 63 al. 1 de la loi fédérale du  6 octobre 1995 sur le service civil [LSC, RS 824.0] et art. 5 al. 1 let. c de  la  loi  fédérale  du  20 décembre  1968  sur  la  procédure  administrative  [PA, RS 172.021]).  La  qualité  pour  recourir  doit  être  reconnue  au  recourant  (cf.  art. 48  al. 1  let. a  à  c  PA).  Les  autres  conditions  de  recevabilité sont en outre respectées (cf. art. 66 let. b LSC, art. 50 et 52  al. 1 PA). Le recours est ainsi recevable. 2.  L'objet du  litige porte sur  la question de savoir  si  le  recourant peut être  libéré du service civil avant son terme pour raisons médicales. 3.  3.1. Les personnes astreintes au service militaire qui ne peuvent concilier  ce service avec  leur conscience accomplissent sur demande un service 

B­2117/2011 Page 6 civil de remplacement d'une durée supérieure au sens de la présente loi  (art. 1 LSC). L'astreinte  au  service  civil  commence  dès  l'instant  où  la  décision  d'admission  au  service  civil  entre  en  force ;  l'obligation  de  servir  dans  l'armée s'éteint simultanément (art. 10 LSC). Dite astreinte prend fin dès  l'instant où la personne astreinte est libérée ou exclue du service civil (cf.  art. 11 al. 1 LSC). La  libération «ordinaire» du service civil se détermine  par  l'art. 11  al. 2  LSC,  aux  termes  duquel  l'art. 13  de  la  loi  fédérale  du  3 février 1995 sur l'armée et l'administration militaire (LAAM, RS 510.10) ­  qui  règle  la  durée  de  l'obligation  d'accomplir  du  service  militaire  ­  est  applicable par analogie à la libération du service civil. L'art. 11 al. 3 let. a  LSC prévoit, pour sa part, que l'organe d'exécution prononce la libération  avant  terme  du  service  civil,  lorsque  la  personne  astreinte  est  atteinte  d'une incapacité de travail vraisemblablement durable. 3.2.  L'ordonnance  du  11 septembre  1996  sur  le  service  civil  (OSCi,  RS 824.01)  règle,  à  son  chapitre 3,  la  prolongation  et  la  fin  du  service  civil.  A  teneur  de  l'art. 16  al. 1  OSCi,  l'organe  d'exécution  décide  de  libérer  les personnes astreintes de  l'obligation d'effectuer  le service civil  et de les exclure du service civil. L'art. 18 OSCi, traitant de l'incapacité de  travail, prévoit ce qui suit : «  1  L'organe  d'exécution  peut  faire  examiner  la  personne  astreinte  par  un  médecin­conseil  dans  le  but  d'évaluer  sa  capacité  de  travail.  Ce médecin­ conseil peut être un médecin du service compétent du Service sanitaire de  l'armée. 2  Le  médecin­conseil  communique  à  l'organe  d'exécution  le  degré  de  capacité  de  travail  de  la  personne  astreinte  et  les  mesures  qu'il  estime  nécessaires. 3  Présente  notamment  une  incapacité  de  travail  durable  la  personne  astreinte qui a été reconnue  invalide à un  taux d'invalidité d'au moins 70 %  par les autorités compétentes. Dans ce cas, l'organe d'exécution ne fait pas  appel au médecin­conseil. 4  L'organe  d'exécution  peut  déclarer  qu'une  personne  astreinte  est  en  incapacité de travail durable lorsqu'elle souffre d'une maladie grave évoluant  par  à­coups  ou  survenant  périodiquement  provoquant  du même  coup  des  périodes d'incapacité de travail. Dans ce cas, l'organe d'exécution fait appel  à un médecin­conseil.» 3.3. Il en résulte, dans le cadre du service civil, que seule la capacité de  travail  de  la  personne  astreinte  s'avère  déterminante.  L'aptitude  au 

B­2117/2011 Page 7 service militaire  n'entre  en  revanche  pas  en  ligne  de  compte  (cf.  en  ce  sens :  arrêts  du  Tribunal  administratif  fédéral  [TAF]  B­4459/2008  du  1er octobre  2008  consid. 3.3  et  B­2785/2008  du  29  octobre  2008  consid. 3.2.2). 3.4. Conformément à l'art. 11 al. 3  let. a LSC, une libération avant terme  du service civil est prononcée non pas uniquement  lorsque, au moment  de  la  décision,  la  personne  astreinte  se  trouve,  de  manière  certaine,  durablement incapable de travailler ; au contraire, il suffit que l'incapacité  apparaisse  «vraisemblablement»  durable.  Ce  constat  reste  également  valable  chaque  fois  que  l'art.  18  al. 4  OSCi  s'applique,  soit  dans  les  situations  où  la  personne  souffre  d'une  maladie  grave  évoluant  par  à­ coups  ou  survenant  périodiquement  provoquant  du  même  coup  des  périodes  d'incapacité  de  travail  (cf.  arrêt  du  TAF  précité  B­2785/2008  consid. 5.3). 4.  4.1. En  l'occurrence, concluant à ce que  la décision du 4 avril 2011 soit  annulée et à ce que sa demande de libération avant terme du service civil  soit réévaluée sur la base d'un nouvel examen médical de sa capacité de  travail,  le recourant reproche, en particulier, à l'expert qui  l'a examiné, le  16 mars 2011, d'avoir fait preuve de partialité et remet, dès lors, en cause  la  validité  des  conclusions  de  son  rapport  du  21  mars  2011.  Il  ajoute,  d'une part, que, contrairement à ce qu'impliquent ses devoirs de médecin  envers un patient, l'expert a ignoré le courrier qu'il lui a adressé ou n'y a  répondu que de manière laconique et, d'autre part, qu'il contredit, par ses  conclusions, l'avis des deux confrères à l'origine des certificats médicaux  du  21  octobre  2009  et  du  11  novembre  2010,  sans  avoir  eu  préalablement  connaissance  des  éléments  concrets  sur  lesquels  ils  reposaient. Pour le reste, il allègue que son état de santé n'a cessé de se  dégrader et l'empêche de travailler de manière continue. 4.2.  4.2.1. S'agissant du grief de partialité,  le  recourant  renvoie pour plus de  précisions à la lettre qu'il a adressée, le 20 mars 2011, à l'expert en vue  de lui faire part de son ressentiment sur leur entretien ; il expose y a avoir  présenté  tous  les  éléments  sur  la  base  desquels  il  fonde  ce  grief.  A  la  lecture de cette lettre, il reproche, en substance, à l'expert de n'avoir pas  suffisamment fait preuve de compréhension et d'empathie envers lui dans  le  déroulement  de  cet  entretien,  comme  un médecin  est  censé  le  faire 

B­2117/2011 Page 8 avec  son  patient,  mais  de  l'avoir  mené  à  l'instar  d'une  audition,  avec  détachement  et  de  manière  formelle.  Le  recourant  critique,  en  outre,  certaines  interventions  de  l'expert  qui  lui  ont  paru  refléter  des  préjugés  contre  sa  personne  et  contre  les  raisons  de  sa  demande  de  libération  avant  terme du service civil. Dans ces conditions,  il convient d'examiner  si, au vu de son rôle, de l'objet sur lequel porte l'examen médical et des  conclusions auxquelles il est parvenu, l'expert s'est montré partial. 4.2.2. En vue de déterminer s'il y a lieu de libérer une personne astreinte  au service civil sur la base de l'art. 11 al. 3 let. a LSC, l'autorité inférieure  peut la faire examiner par un médecin­conseil, afin d'évaluer sa capacité  de  travail  (cf.  art.  18  al. 1  OSCi).  De  manière  générale,  une  autorité  administrative peut avoir  recours à une expertise,  lorsqu'elle ne dispose  pas  des  connaissances  spéciales  nécessaires  à  l'éclaircissement  des  faits pertinents, soit les faits décisifs pour l'issue de la décision à prendre  (cf. PATRICK  L.  KRAUSKOPF  /  KATRIN  EMMENEGGER,  in :  Bernhard  Waldmann  /  Philippe  Weissenberger  [Ed.],  Praxiskommentar  zum  Bundesgesetz über das Verwaltungsverfahren, Zurich/Genève/Bâle 2009,  ad  art. 12  PA,  pt 149,  p. 281s.  ainsi  que  réf.  cit.  ;  l'art. 12  PA  étant  applicable en vertu du contenu de la LSC et des art. 1 al. 1 et 2 let. a, 2 et  3  a  contrario  et  4 PA). S'agissant  en  particulier  de  l'expert,  celui­ci  doit  exécuter  son  mandat  en  toute  conscience  et  garder  une  parfaite  impartialité  (cf. art. 59  al. 1,  phrase 1,  de  la  loi  fédérale  de  procédure  civile fédérale du 4 décembre 1947 [PCF, RS 273], applicable par renvoi  de l'art. 19 PA, lui­même applicable en vertu du contenu de la LSC et des  art. 1 al. 1 et 2 let. a, 2 et 3 a contrario et 4 PA ; cf. BERNHARD WALDMANN  / PHILIPPE WEISSENBERGER, op.cit., ad art. 19 PA, pt 60, p. 419 ainsi que  réf.  cit.).  Dans  ce  sens,  il  doit  procéder  à  un  examen  objectif  de  la  situation médicale de la personne expertisée, rapporter les constatations  qu'il a faites de façon neutre et circonstanciée et appuyer ses conclusions  sur  des  considérations  médicales  et  non  des  jugements  de  valeur  (cf.  arrêt du Tribunal fédéral I 671/02 du 26 juin 2003 consid. 5.2). De  son  côté,  la  personne  astreinte  au  service  civil  se  soumet  aux  examens médicaux nécessaires pour déterminer sa capacité de travail en  vue de son affectation (cf. art. 33 LSC). En d'autres termes, elle est tenue  de  tolérer  les  examens  médicaux  et  de  collaborer  (cf.  Message  du  Conseil  fédéral du 22  juin 1994 concernant  la  loi  fédérale sur  le service  civil,  in  FF  1994  III  1597ss),  sous  peine  de  devoir  supporter  les  conséquences, pour le cas où l'autorité n'est pas en mesure d'établir  les  faits correctement.

B­2117/2011 Page 9 4.2.3. En l'espèce,  les éléments avancés par  le recourant ne permettent  pas  de  remettre  en  doute  l'impartialité  de  l'expert  désigné  par  l'autorité  inférieure. En effet, agissant en cette qualité, le médecin concerné devait  adopter une attitude neutre et indépendante vis­à­vis tant de l'autorité qui  l'a  nommé que du  recourant,  en  vue de  se préserver  de  tout  risque de  partialité. Son rôle consistant à établir le statut médical de ce dernier avec  le plus de précision possible et sans connotation subjective, il ne pouvait  pas se comporter de la même manière qu'un médecin traitant envers son  patient,  dans  le  cadre  de  leur  rapport  de  confiance.  Par  ailleurs,  ne  disposant que d'un entretien avec le recourant pour réunir l'ensemble des  éléments pertinents, il était nécessairement tenu par une certaine rigueur  pour mener à bien l'expertise requise. Dans ce contexte, il est pleinement  admissible  que  cet  entretien  ait  été  conduit  de  manière  formelle,  en  dirigeant  l'examen sur  les seuls points essentiels à  l'appréciation de son  objet et en suivant, au besoin, un plan préétabli des questions à poser. Cela  dit,  force  est  de  constater  que  le  rapport  d'expertise  du  21  mars  2011  présente  un  contenu  structuré  et  complet.  Il  se  divise  en  une  introduction  ­  laquelle  indique  notamment  l'autorité  qui  a  requis  l'expertise, la date de cette requête, le type d'expertise ainsi que l'énoncé  des pièces fournies à cet effet ­ et cinq rubriques spécifiques : la première  tient  une  liste  exhaustive  et  détaillée  des  sources  d'information  sur  lesquelles  l'expert  s'est  appuyé  pour  établir  son  rapport  (cf.  consid.  A.,  page 3)  ;  la deuxième dresse, en quatre sous­rubriques,  l'anamnèse du  recourant sur  le plan  familial,  social, personnel  (et de ses antécédents),  sur son mode de vie et ses habitudes de consommation ainsi que sur sa  médication ; la troisième transcrit  les constatations objectives auxquelles  est  arrivé  l'expert,  sous  trois  sous­rubriques  intitulées  "Psychopathologischer Befund", "Psychometrische Testungen" et "Labor"  ;  la  quatrième  pose  le  diagnostic,  en  distinguant  entre  celui  ayant  une  répercussion  sur  l'objet  de  l'expertise  et  celui  n'en  ayant  aucune  ;  la  cinquième est consacrée à l'appréciation de l'expert ainsi qu'au pronostic.  Ces rubriques sont développées, en treize pages, de manière précise et  cohérente,  tant  au  regard  de  chacune  d'entre  elles  qu'à  celui  de  leur  ensemble ;  les conclusions formulées sont également claires, univoques  et  ne  reposent  que  sur  des  considérations  d'ordre  médical.  En  outre,  l'ensemble des documents produits par  le recourant ­ dont en particulier  sa  lettre  du  20 mars  2011  ­  ainsi  que  les  résultats  des  analyses  effectuées  sur  la  base  des  prises  de  sang  et  d'urine  sont  annexés  au  rapport, ce qui illustre le souci de l'expert de présenter les éléments de la  façon  la  plus  objective  et  transparente  possible.  Par  ailleurs,  contrairement à ce qu'allègue le recourant au sujet de son attitude lors de 

B­2117/2011 Page 10 l'entretien  du  16 mars  2011,  l'expert  n'émet  pas  de  jugement  de  valeur  sur  sa  personne  dans  le  rapport  du  21  mars  2011,  ni  ne  formule  de  remarque qui serait hors propos avec l'objet de l'examen. Au vu de ce qui  précède,  rien  ne  démontre  que  l'expert  ait,  par  un  comportement  quelconque,  préjugé  des  réponses  et  explications  données  par  le  recourant ou l'ait empêché de s'exprimer clairement (cf. consid. E., page  4).  Les  impressions  que  celui­ci  émet  à  ce  propos  ne  sauraient  être  retenues  en  tant  que  telles,  faute  d'indices  de  nature  à  attester  leur  réalité.  4.3.  4.3.1. Le recourant reproche à  l'expert de n'avoir pas donné suite à son  écrit  du 20 mars 2011  ­ en particulier,  à  sa  requête d'information quant  aux résultats des analyses sanguines et urinaires ­ et de n'avoir répondu  que  laconiquement  à  son  courriel  du  4  avril  2011,  par  lequel  il  lui  demandait  à  quel  médecin  s'adresser  pour  se  faire  traiter  ou  faire  reconnaître  les risques qu'il encourrait pour sa santé s'il devait effectuer  une  affectation  de  longue  durée  au  service  civil.  Il  argue,  à  ce  propos,  que,  par  un  tel  comportement,  l'expert  a  violé  les  devoirs  qui  lui  incombent  en  tant  que  médecin.  Cependant,  en  raison  de  son  rôle  là  encore,  il  n'appartenait  pas  à  l'expert  d'intervenir  envers  le  recourant  comme s'il se trouvait en rapport avec un patient. C'est à juste titre que,  par courriel du 6 avril 2011, l'expert s'est limité à l'inviter à s'adresser, le  cas  échéant,  à  son  médecin  traitant  ou  à  un  psychiatre  de  son  choix.  Partant, ce second argument doit être écarté. 4.3.2. Selon le troisième argument du recourant, l'expert se serait écarté  à  tort de  l'avis des deux confrères qui ont établi  les certificats médicaux  des 21 octobre 2009 et 11 novembre 2010, dès  lors qu'il ne connaissait  pas  les  éléments  concrets  sur  lesquels  ils  s'appuyaient.  Il  y  a  toutefois  lieu de souligner que ces deux certificats ne permettent pas d'attester une  incapacité de travail vraisemblablement durable au sens des art. 11 al. 3  let. a  LSC et  18  (al. 4,  en  particulier) OSCi. En effet,  le  premier  de  ces  documents  ne  certifie  qu'une  incapacité  de  travail  passagère  du  recourant,  puisqu'il  faisait  référence  à  son  "service  civil  actuel",  soit  à  celui qu'il a interrompu en octobre 2009. De plus, il ne précise nullement  les motifs  de  cette  incapacité et  ne  contient,  dès  lors,  aucun élément à  prendre en considération, par  l'expert, dans  l'appréciation de  la capacité  de travail actuelle ­ soit 17 mois plus tard ­ et future du recourant. Il en va  de même du second document qui, établi  le 11 novembre 2010 dans  le  cadre  de  la  procédure  pénale  initiée  par  le  centre  régional  contre  le 

B­2117/2011 Page 11 recourant, ne mentionne,  lui aussi, que de manière générale  l'existence  de  "raisons  médicales",  ce  qui  constitue  en  soi  une  explication  insuffisante ; la seule indication "jusqu'à nouvel avis" qui y figure n'est pas  non plus propre à attester de l'incapacité de travail actuelle ­ soit 4 mois  plus tard ­ et future du recourant. A cela s'ajoute qu'invité, dans le cadre  de la procédure pénale initiée contre  le recourant, à se prononcer sur  la  teneur de ce second document ­ compte tenu du fait qu'à cette période,  celui­ci  bénéficiait  d'indemnités  de  l'assurance­chômage,  ce  qui  signifie  qu'il était apte au placement et n'était, donc, a priori pas en incapacité de  travail  (cf.  art.  15  de  la  loi  fédérale  du  25  juin  1982  sur  l'assurance­ chômage obligatoire et l'indemnité en cas d'insolvabilité [LACI, RS 837.0])  ­  le médecin  n'a  fait  qu'indiquer,  par  certificat médical  du  25  novembre  2010,  que  son  patient  souffrait  de  "problèmes  psychologiques",  sans  toutefois préciser le diagnostic, le traitement et le pronostic. Par ailleurs, il  convient  de  relever  que  les  personnes  astreintes  au  service  civil  et  voulant en être  libérées avant  terme sont  tenues de déposer auprès de  l'organe d'exécution une demande motivée, accompagnée d'un certificat  médical  attestant  une  incapacité  de  travail,  partielle  ou  totale,  au  sens  des dispositions précitées. Force est de constater cependant qu'à ce jour,  le  recourant  n'en  a  produit  aucun  qui  permettrait  de  fonder  une  telle  incapacité. Pour ces motifs, son  troisième argument doit également être  écarté. 4.4. Enfin,  s'agissant  de  la  dégradation de  l'état  de  santé  qu'invoque  le  recourant,  elle  n'est,  là  encore,  étayée  par  aucun moyen  de  preuve  et,  dès  lors, ne saurait  remettre en cause  les conclusions de  l'expertise du  20 mars 2011. 4.5. En conclusion, c'est à bon droit que l'autorité inférieure a retenu, sur  la base de  l'expertise médicale effectuée, que  le recourant n'était atteint  d'aucune incapacité de travail durable et qu'il demeurait ainsi astreint au  service  civil  (cf.  art. 11  al. 3  let. a  LSC,  en  lien  avec  l'art. 18 OSCi).  La  décision  attaquée  rejetant  la  demande  de  libération  avant  terme  du  service civil doit, partant, être confirmée. 5.  Il ressort de ce qui précède que, mal fondé, le recours doit être rejeté. 6.  La  procédure  de  recours  devant  le  Tribunal  administratif  fédéral  en  matière de  service  civil  étant  gratuite,  il  n'y  a pas  lieu de percevoir  des  frais de procédure (cf. art. 65 al. 1 LSC).

B­2117/2011 Page 12 7.  Le présent arrêt est définitif (cf. art. 83 let. i de la loi du 17 juin 2005 sur le  Tribunal fédéral [LTF, RS 173.110]).

B­2117/2011 Page 13 Par ces motifs, le Tribunal administratif fédéral prononce : 1.  Le recours est rejeté. 2.  Il n'est pas perçu de frais de procédure. 3.  Le présent arrêt est adressé : – au recourant (recommandé ; annexes en retour) ; – à  l'autorité  inférieure  (n° de réf.  […] ;  recommandé  ;  annexes  en  retour). Le président du collège : Le greffier : Claude Morvant Grégory Sauder Expédition : 5 octobre 2011

B-2117/2011 — Bundesverwaltungsgericht 04.10.2011 B-2117/2011 — Swissrulings